La marque du zèbre : Histoire et interview de Frank

La marque du zèbre : Histoire et interview de Frank

histoire en français

La marque du zèbre : Histoire et interview de Frank

Vous aimez lire en Français ?

Je vous invite à découvrir une histoire captivante, avec beaucoup de suspense.

Ce qui est génial, c'est que son auteur a décidé de partager avec vous gratuitement son histoire, digne d'un roman policier.

L'auteur de cette histoire s'appelle Frank Sampson. Il est américain et a découvert le plaisir de l’écriture en apprenant le français.

Il a d'ailleurs partagé sur ce blog ses conseils pour bien parler français sans vivre dans un pays francophone.

photo Frank Sampson

J'ai eu le grand privilège de découvrir ses histoires de fiction en avant-première car je l'ai aidé à les corriger et les améliorer.

Comme vous allez le voir, son niveau en langue française est aujourd'hui très bon.

Beaucoup de francophones natifs aimeraient écrire des histoires en français comme lui.

Ecrire des histoires longues n'est pas facile et dans une langue étrangère, c'est un vrai défi.

Défi relevé pour Frank !

Avant de lire son histoire, je vous propose de regarder son interview vidéo.


L'interview de Frank

J'ai découpé l’interview de Frank en 3 parties :

Interview de Frank Sampson (partie 1) : "comment j'ai commencé à écrire en français"

Dans cette première partie, Frank répond aux questions suivantes : 

1. Quand et comment tu as commencé à écrire des histoires en français ?

2. Quand tu as eu envie d'écrire ta première histoire en français ? (2'11)

3. Tu as écrit combien d'histoires en français depuis la première fois ? (5'52)

Vous découvrirez que : 

- les exercices de Frank peuvent créer des surprises

- les histoires de Frank ont un format particulier : ce sont des "romans courts".

- il écrit ses histoires comme des scénarios.


Interview de Frank Sampson (partie 2) : "comment j'écris mes histoires en français"

Frank répond aux questions suivantes .

1. Comment tu fais pour écrire en français ? (alors que ce n'est pas ta langue maternelle)

2.Comment tu fais pour décrire tes scènes avec autant de précision en français ? (3'30)

Ensuite, nous expliquons comment nous travaillons ensemble sur les histoires de Frank. (12'55).

Vous entendrez parler de l'importance des relectures, des corrections et de la lecture à voix haute.

Interview de Frank Sampson (partie 3) : L'histoire "La marque du zèbre"

Dans cette dernière partie, Frank nous parle de l'histoire qu'il vous propose de lire ensuite : "La marque du zèbre".

Vous découvrirez qu'il y a deux histoires dans cette histoire et que le lecteur est transporté dans deux époques.

Frank explique aussi pourquoi il a décidé de partager cette histoire avec vous.

Frank vous a donné envie de lire son histoire ?

L'histoire : la marque du zèbre

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Vous êtes prêt(e) à vous lancer dans l'histoire de la "marque du zèbre" ?

C'est une histoire assez longue (environ 28 pages) que Frank a découpée en 10 chapitres.

Il vous suffit de cliquer pour découvrir chaque chapitre :

Chapitre 1

La piste mène L’agent Clark en Argentine. Son avion atterrit à Valdivia, une ville quelconque sur la côte ouest du pays. C’est le mois d’août et la canicule accable tous les habitants de cette région côtière. Malgré la chaleur, Clark porte son imperméable gris, sans aucune considération pour  la mode ou le confort. Mais pourquoi ferait-il autrement ? L’agent du FBI n’enlève son par-dessus que pour se doucher. Habitude qui a d’ailleurs conduit à son divorce. 

Sa proie, l’incontournable Neiman Arnaud, se planque quelque part en ville. Il est en fuite après avoir effectué une série de cambriolages dans les environs de Rochester à New York. Au total, Arnaud a dérobé à des banques de New York plus de 2 millions de dollars et des autorités locales demandent sa tête. Et c’est à l’Inspecteur Clark de la leur livrer sur un plateau.

Clark arpente la ville pendant trois jours avant de trouver un mouchard qui connaît le fugitif. D’après cet escroc, Arnaud se terre dans un hôtel louche proche des établissements de jeu et des prostituées. Clark lui donne un billet et se dirige vers le quartier Bertolo...

«Waouh ! Lâcha Rose, allongée à plat ventre dans son lit. »

Soudain, elle entendit les pas de sa mère. L’ado se couvrit aussitôt la bouche de la mai et éteignit sa lampe de poche tout en faisant semblant de dormir.

«Rose, c’est l’heure de dormir. Dit sa mère à travers la porte.

- Ok, je suis au lit, maman. Répondit-elle.

- D’accord, dors bien. Bonne nuit.»

Rose Taylor lisait le dernier chapitre du roman policier que les membres de son club de lecture avaient choisi pour leur premier sujet de l’année. Avec ses scènes de violences et de sexualité intense, cette œuvre obscure était bien trop osée pour la jeune ado. Mais Rose aimait l’habileté du personnage principal. Il s’agissait d’un gars coriace aux cheveux blonds et sales qui avait une cicatrice sur la joue. Ce cambrioleur était spécialisé dans les banques. Sur l’intérieur des chambres fortes qu’il dévalisait, il laissait toujours son autographe: la tête d’un zèbre suivie d’un certain nombre de rayures noires. Une rayure pour chacun des vols qu’il avait déjà effectué.

Rose tournait et se retournait dans son lit. La jeune intello savait qu’elle n’arriverait pas à dormir avant d’avoir terminé l’histoire et donc, elle ralluma sa lampe de poche.

...Avec son arme à la main, l’agent Clark, accompagné par deux collègues, s’introduit dans la chambre de Neiman Arnaud. Mais le voleur a anticipé leur arrivée et vient juste de s’enfuir. Clark voit le rideau ondulant contre la vitre. L’agent ordonne à ses collègues de couvrir la rue alors qu’il commence la poursuite par la fenêtre. 

Arnaud parcourt les toits comme un gymnaste, mais finit par se trouver coincé au bord d’un bâtiment. Le prochain est trop éloigné pour y parvenir. Clark braque son arme sur le voleur en lui ordonnant de mettre les mains en l’air. 

«C’est fini ! Crie-t-il. Vous n’avez aucun endroit où aller.

- Ça, c’est pas la fin de l’histoire, mon vieux. Rétorque Arnaud. La Marque sera de retour !

- Vous vous croyez très malin, mais tous les voleurs finissent par croupir en prison !

- Vous croyez ça ? »

Le Zèbre s’élance en courant vers le bord du toit. Clark ne veut pas le tuer, mais il faut arrêter ce cambrioleur une fois pour toutes. Il tire trois fois. Arnaud fait semblant d’être blessé et puis, disparaît en faisant un plongeon du bord du bâtiment. L’agent hésite un instant et commence à courir après le fugitif. 

«Il a sûrement trouvé la mort en s’écrasant dans la rue. Se dit-il.» 

Depuis le bord du toit, Clark, de ses yeux plissés, balaye la rue en bas. Mais, il ne voit que des balcons vides.

«C’est pas possible. Dit-il, incrédule.»

 

Quelques instants plus tard, l’agent retrouve ses collègues dans la rue. Ils n’ont vu aucun signe du fantôme qui leur a échappé encore une fois. La ville semble engloutie par un silence étrange. Clark n’entend rien sauf le doux sifflement du vent et les mots du cambrioleur qui résonnent dans sa tête «La marque sera de retour ! »


Rose ferma le livre et s’allongea sur le dos. La jeune ado fixait le plafond, convaincue que Neiman Arnaud, avec sa formation en danse classique, avait atterri en sécurité sur un balcon et d’un mouvement élégant, sauté par la fenêtre pour atteindre l’intérieur de l’immeuble. Utilisant tout son talent, Arnaud se serait ensuite rendu à New York pour effectuer son opération finale, celle qu’il s’était promis d’accomplir. Mais, l’auteur avait laissé ouverte la question de son sort et Rose était impatiente d’en parler avec ses amies. 

Le lendemain, après le dernier cours de l’année scolaire, les “rats de bibliothèque” du collège de Hillsdale se réunissaient pour le premier rendez-vous de leur club de lecture. 

C’était un bel après-midi ensoleillé et elles avaient choisi comme lieu de réunion un emplacement sous un grand sapin, juste derrière un coin du terrain de foot. Cet endroit avait l’avantage de les protéger du soleil tout en donnant sur le terrain où des garçons très mignons s’étaient rassemblés pour taper dans le ballon. 

Le club se composait de quatre amies intellectuellement précoces qui se connaissaient depuis l’école primaire. 

À la tête du groupe, se trouvait Rose, une intello et une nageuse de haut niveau qui, à 14 ans, faisait déjà tourner les têtes des garçons du lycée du coin. Pour son père, voir sa fille grandir si rapidement s’avérait difficile. Il secouait la tête en pensant qu’elle avait plus l’air d’une jeune femme de 20 ans que d’une ado venant juste de terminer sa troisième. À la piscine, Rose était connue pour se perdre dans un bouquin entre ses courses. En la regardant lire, on avait l’impression qu’elle ne savait pas où elle se trouvait. Toujours la même routine : avec le nez dans un livre, elle fait deux petits pas à sa droite, mord dans un bonbon, puis se retourne et répète le processus dans l’autre sens. Lorsqu’il est temps pour elle de se mettre sur la ligne de départ, elle remet son livre dans son sac, prend sa position et finit par gagner la course.

Lorsque Rose, Sophia Bell et Blanche Hill arrivèrent, Rebecca Peterson, destinée un jour à devenir une des meilleures podo-orthésistes de la ville de Hillsdale, était déjà sur place. Elle rayonnait. Ravie d’avoir été élue au poste de secrétaire du club, Rebecca voulait animer la meilleure réunion inaugurale d’un club de lecture de tous les temps. Avec son cahier à la main, Rebecca céda à ses tendances administratives obsessionnelles et fit l’appel pour s’assurer que tout le monde était présent.  

En entendant son prénom, Blanche Hill répondit “Présente !” tout en levant la main. Comme ses amies, la jeune blonde dévorait des livres comme une lionne sur sa proie. C’était en fait elle qui avait proposé pour leur premier sujet, la Marque du Zèbre, un bouquin que sa sœur aînée emportait presque partout avec elle. Et parfois, lorsqu’Elisabeth lisait le roman, Blanche percevait un bruit sourd et suspect venant de derrière la porte de sa chambre. Elle exprimait sa curiosité pour ce livre mais, en faisant allusion à la nature adulte de l’histoire, sa sœur refusait de partager son exemplaire avec Blanche. Une réaction qui ne faisait qu'accroître son sa curiosité.

Lorsque Rebecca appela son nom, Sophia Bell fixait les yeux d’un garçon qui jouait sur le terrain de foot. Avec les garçons, ses yeux bruns hypnotiques lui servaient comme une sorte de “super-pouvoir” irrésistible. Un pouvoir qu’elle ne se privait pas d’utiliser, parfois à des fins malicieuses. À l’école, en passant devant les garçons dans le couloir, elle aimait tester les limites rotationnelles de la tête d’un ado mâle. Sophia affaiblissait ses proies en les regardant profondément dans les yeux. Abrutis et désorientés, ces pauvres s’écrasaient ensuite contre un mur ou un encadrement de porte. Elle assurait à ses amies que pour des raisons de sécurité, elle ne l’avait jamais fait en montant les escaliers.

Sur le terrain de foot, distrait par les boucles noires et brillantes qui tombaient sur les épaules pâles de Sophia, Tyler Fox tentait de se positionner pour attaquer le côté droit du but. Elle l’étourdit avec son regard enchanteur. Impuissant, Tyler prit un ballon directement au visage. Sophia tourna la tête vers Rebecca et répondit. «Présente.»

Au fil des années suivantes, les “rats” consommèrent un véritable trésor de classiques littéraires. À noter dans leur curriculum vitae des chefs-d’œuvre tels que les Misérables, Slaughterhouse 5 et Tao Te Ching. Mais aucune œuvre ne les avait captivées comme la Marque du Zèbre. es questions autour de la disparition mystérieuse de l’auteur restaient encore non résolues et ajoutaient à l’attrait de ce livre culte. Le bruit courait que Robert Buckman, un barman de 35 ans issu des rues de Brockport à New York, avait été en retard avec certaines “obligations” et à cause de cela avait trouvé la mort peu après la publication du livre. Cependant, Rose et ses amies soutenaient leurs propres théories auxquelles elles avaient consacrées des heures de discussion.

C’est à cette première réunion que Rose avait avancé l’idée que Buckman s’était suicidé. 

«Après tout, argumenta-t-elle, quelle chance il avait d’écrire une autre histoire aussi belle que celle-ci ? 

- Elle a peut-être raison. Répondit Rebecca. C’est comme les astronautes qui ont fait un alunissage. Ils ne peuvent que décliner après ça.»

Blanche, confiante dans sa propre théorie, répliqua.

«La réponse est évidente. Elle est devant nos yeux ! Déclara-t-elle. Le livre est une autobiographie ! Tu te rappelles des cambriolages qui ont secoué la ville de Rochester. Je suis certaine que c’est Buckman qui les a perpétrés.

- Tu penses vraiment ? Demanda Rose d’un ton curieux. Il était voleur et écrivain ?

- Tout à fait ! Tu vois, les vols de Rochester ont eu lieu pendant la période juste avant la publication du livre. Évidemment il faisait des recherches pour son livre tout en prenant un peu de fric. Sinon, comment expliques-tu ses descriptions détaillées des systèmes de sécurité des banques ? Répondit-elle.

- C’est un point important. Remarqua Rebecca. Et sa connaissance de l’architecture des bâtiments et leurs points faibles. Comment ça s’explique ?

- Ouais ! Et sa description de Neiman Arnaud, ajouta Sophia Belle, t’as vu sa photo sur la quatrième de couverture ? C’est lui !  

- Ouais, je pense que c’est possible. Concéda Rose. Avec ses traits rudes et les yeux perçants, la ressemblance est évidente.

- Ah ouais, ses yeux si sauvages et si beaux ! Lança Rebecca les mains croisées contre le cœur.

- Et ne me parlez même pas de ses cheveux sales et ébouriffés ! Cria Blanche. »

Les filles passèrent un bon moment à louer les attributs physiques de Robert Buckman, mais Rose posa une autre question.

«Imaginons que Robert Buckman est toujours en vie, alors, qu’est-ce qu’il lui est arrivé ?

- C’est simple. Répondit Blanche. Il a pris son butin et s’est enfui en Argentine. Je ne serais pas surprise si en ce moment même on le trouvait sur une plage sirotant un Daiquiri.

- Oui, torse nu avec de petites perles de sueur brillant sur sa peau bronzée ! Gloussa Rebecca presque au bord de l’évanouissement. »

Les filles éclatèrent de rire. Mais Rose les interrompit.

«Ok les filles. Tout ça, c’est bien joli. Mais vous ne trouvez pas qu’il manque une fin à cette histoire ? J’arrive pas à croire qu’avec sa détermination féroce, Arnaud aurait laissé tomber sa mission finale. 

- Peut-être que Buckman avait l’intention d’écrire la suite du livre. Avec cette dernière phrase “la Marque sera de retour”, il a laissé la possibilité ouverte. Répondit Rebecca.

- Une suite ? Rétorqua Sophia. Comme George Lucas et ses énièmes éditions de Star Wars ? On parle d’un artiste là, d’un véritable génie. Je crois qu’il a plus d’intégrité que ça ! »

Soudain, une lumière s’alluma dans la tête de Blanche.

«Ça y est, je l’ai ! Cria-t-elle. Comme je le disais, il s’agit d’une autobiographie. Voyez ? Buckman est blessé gravement et sachant qu’il n’est plus en capacité de réaliser son exploit final, son dernier acte est d’écrire ce livre qui va marquer l’histoire de la littérature  !

- Et ensuite, il se suicide. Ajouta Rose d’un ton triste. 

- Mais, s’il est blessé gravement ou même s’il se tue, pourquoi terminer l’histoire avec la phrase “La Marque sera de retour” ? S’interrogea Sophia. 

- On dirait qu’on ne le saura jamais... Répondit Rose, songeuse.»

Chapitre 2

Une trentaine d’années plus tard, Rose Taylor se trouvait chez elle, à l’étage, dans une chambre convertie en bureau. Elle feuilletait un roman dont le titre Dans les ombres de la nuit reflétait bien l’atmosphère de la pièce. C’était la soirée du dimanche, ou le peu de ce qu’il en restait, et elle glissait dans un gouffre de désenchantement. 

Vu de l’extérieur, sa vie semblait incarner le rêve américain. Au moins, dans son option “divorcées”. Elle vivait dans une belle maison, dans un beau quartier d’une belle ville. Rose n’avait pas besoin de travailler, ce qui lui permettait de s’impliquer dans de nombreuses activités sociales: elle jouait un bon jeu de tennis, participait à des œuvres caritatives, recevait des amis lors de dîners élégants et surtout, s’amusait avec son club de lecture. Pourtant, quelque chose lui manquait. Depuis son diplôme, sa vie n’avait été que confort. Une vie sans soucis, mais aussi sans passion.

Avec un air de mépris, Rose tourna le regard vers un chèque déposé sur son bureau. Une pension alimentaire généreuse lui permettait d’ignorer les problèmes d’argent et son blog de cuisine Franchement frais avait enfin commencé à lui rapporter un pécule. Mais elle détestait sa dépendance continue à l’argent que son ex-mari lui versait chaque mois. Et ce qui était pire pour son état mental : Rose reconnaissait que si elle avait mieux géré tout cet argent, elle aurait pu être indépendante de son ex désagréable, il y a dix ans déjà. 

Rose se pencha sur son livre et soupira. Avec son scénario convenu, la sélection du mois, un polar qui se voulait un festival d’intrigues, se déroulait à la vitesse de la mélasse. Après une bonne demi-heure de lecture fastidieuse, Rose changea le bouquin pour son exemplaire du Hillsdale Review, l’hebdomadaire local de sa petite ville. Comme d’habitude, elle survola des articles sur des fermetures de rues ou autres informations de ce type et se concentra sur son plaisir coupable : le registre local de la police. Elle resta bouche bée en lisant l’histoire d’un super chat qui avait contrarié un intrus entré par effraction dans un appartement. La divorcée ne savait pas qui rédigeait ces récits, mais à son avis, celui-ci écrivait beaucoup mieux que Stephen Breyer, l’auteur qui avait régurgité l’épouvantable Dans les ombres de la nuit. 

L’élégante Rose remit son journal sur le bureau. Se sentant distraite, elle contemplait son reflet dans le miroir accroché au mur d’en face. Son image semblait s’éloigner d’elle alors que son esprit retournait à un passage particulier dans la Marque du Zèbre. C’était la scène où la vie du jeune Neiman Arnaud était chamboulée par les péchés de son père:

Pendant sa jeunesse, Neiman est un bon garçon plein de potentiel. Son père croit qu’il a le talent pour une carrière dans la danse professionnelle. Et c’est pourquoi il le préserve avec tant de férocité de son milieu criminel. Il veut une meilleure vie pour son fils. Une vie honnête. Mais Victor Arnaud gagne sa vie comme tous les cambrioleurs de son quartier, en travaillant pour la pègre. 

Malgré ses efforts, Victor trouve que c’est impossible de cacher quel est son travail à son fils curieux. Ainsi, comme n’importe quel bon père, Arnaud apprend à son fils tous ses meilleurs trucs: comment désactiver des systèmes de sécurité, se serrer dans des espaces réduits, percer des coffres-forts et le plus important, se débrouiller tout seul. Neiman commence à vivre une double vie. L’après-midi, il prend des cours de ballet et le soir, il accompagne son père à son boulot. Pour le jeune homme, tout ressemble au rêve américain. 

Mais les bons cambrioleurs sont difficiles à trouver et à mesure que le talent du jeune Arnaud grandit, il est remarqué par les collègues de son père. Un jour, la proposition que Victor craignait tellement arrive. Luigi Cambriano, le chef mafieux redouté de tous est clair: «Je crois que Neiman serait une bonne recrue. Et je veux qu’il travaille pour moi tout de suite. Déclara-t-il.»

Déterminé à protéger son fils, le père Arnaud objecte :

«Neiman a du talent pour le ballet. Je ne veux pas qu’il suive mes traces.

- Je te rappelle que c’est moi qui décide. Répliqua Cambriano avec un regard sinistre.»

Victor s’avoue vaincu et cède les commandes à son patron. Or, tout n’est pas perdu. Il parvient à négocier pour son fils une période de transition de mi-temps à plein temps durant 12 mois. Et le père Arnaud a un plan. À partir de ce moment-là, à chacun de ses vols, il va détourner un peu d’argent vers un compte secret. Il croit qu’à la fin de l’année, il en aura assez pour s’enfuir de ce trou avec sa famille. 

En même temps, au ballet, Neiman est en plein essor et il est amoureux d’une belle danseuse de sa troupe. Malheureusement tout se précipite quand les petites sommes d’argent que son père a planquées sont découvertes par son chef. La fuite vers l’Argentine devient urgente mais Neiman, contrarié, refuse de partir. Pourtant, c’est maintenant ou jamais ! Dans l’appartement des Arnaud, Victor lance quelques vêtements dans une valise et crie à sa famille de se dépêcher de se préparer. Il sait qu’il a seulement quelques minutes avant que les “hommes de main” de son chef leur mettent la main dessus. 

Quelques minutes plus tard, à l’extérieur du bâtiment, la voiture de la famille Arnaud s’élance dans la rue en faisant crisser les pneus. Victor est au volant, le tenant si fort que les jointures de ses doigts sont toutes blanches. Il pousse la Pontiac à sa limite et à chaque virage, sa famille glissant d’un côté à l’autre, s’écrase contre les portières.

Mais Luigi Cambriano n’est pas le patron pour rien...

Brusquement, le téléphone sonna, sortant Rose de sa rêverie. Abasourdie un instant, elle décrocha.

«Salut Rebecca. Dit-elle, en regardant le nom affiché sur l’écran de son portable.

- Rose, c’est Rebecca.

-Je sais. Ça va ?

- Ah oui, oui, ça va super bien. Ok, j’ai des nouvelles, mais il vaudrait mieux que tu t’assoies.

- Je suis assise. Répondit Rose, sceptique comme d’habitude sur les nouvelles supposées renversantes qu'apporte Rebecca. Alors, dis-moi. C’est quoi cette nouvelle ? »

Rebecca fit une pause pour reprendre son souffle.

«Ok..., d’accord..., alors..., je lisais une page sur le dark web. Et celle-ci avait un lien vers une vidéo granuleuse où Tom Caldwell de l’émission Rochester Week fait un entretien avec Robert Buckman.

- C’est vrai !?

- Oui, oui c’est vrai ! Alors, Caldwell l’interroge sur des rumeurs selon lesquelles il aurait une fille. Amené au bord des larmes, Buckman avoue que c’est vrai. Mais il ne dit rien de ce qu’elle est devenue.

- Tu veux dire que cette vieille rumeur est vraie !? Tu sais, quand tu m’as appelée, je pensais à cette scène, celle qui finit au vieux port. Dit Rose, la gorge serrée...»

Rebecca percevait les émotions qui remontaient chez son amie. La podo-orthésiste pensa qu’il valait mieux reprendre la parole.

«Et bien, voilà ce qui est fou. Buckman a dit que la date précise où il avait imaginé le personnage de Neiman Arnaud pour la première fois, c’était le jour où est née sa fille.  

- Me dis pas que tu connais cette date ! Répondit Rose à l’agonie. 

- Si, je la connais !!! S’exclama Rebecca. 

- Sérieusement ? ! Alors, dis !

- Ok, mais t’es bien assise, là ? »

Rose n’était pas préparée pour le train à grande vitesse qui heurta son cerveau «...c’est le 27 mai ! » 

Stupéfaite, comme le premier Néandertalen qui a repéré un Homo Sapiens, elle commença à sentir une vague de sang fuir son cerveau. Elle lutta pour ne pas s’évanouir. «...mais, c’est le même jour que moi...».

Chapitre 3

Quelques jours plus tard, les “rats” se retrouvèrent pour leur réunion mensuelle. Rebecca avait prié ses amies de lui permettre d'accueillir le groupe chez elle. La podo-orthésiste avait tout préparé. Sa maison, avec sa cuisine récemment refaite à neuf, brillait. Elle servait un bon apéro et ouvrait un bon beaujolais. Mais au lieu de leur verre de vin habituel, tout le monde préférait lamper des scotchs.

«La marque sera de retour ! »

Rose, soulignant cette phase sur un tableau blanc, s’adressait à ses amies, avec sérieux et gravité ?, comme un procureur présentant son cas au tribunal. 

«Je suppose que l‘on est toutes d’accord. Ces mots nous hantent depuis une trentaine d’années. Neiman Arnaud voulait faire une dernière opération. Une opération qu’il considérait comme sa plus importante. Il voulait envoyer un message à Luigi Cambriano, ou peut-être, à son alter ego de la vie réelle. Mais ce que Robert Buckman nous a dit à travers son chef-d’œuvre transformateur, c’est que c’était une mission inachevée. Et je vous le demande à toutes solennellement: est-ce qu’on peut la laisser comme ça ? »

Elle fit une pause pour appuyer son effet dramatique. 

«La Marque...sera...de retour. Répéta-t-elle. La Marque sera de retour. Voilà ce je propose... »

Avec, à l’ordre du jour, une proposition telle que “entrer dans une banque par effraction pour envoyer un message gênant à un personnage fictionnel”, la réunion dura plus longtemps que d’habitude. En réponse à la suggestion, Sophia Bell, bientôt suivie par Blanche, était la première à dire «Tu plaisantes ou quoi ? ». Toutefois, la logique de Rose s’avéra implacable et les retourna.  Avant de se mettre d’accord avec les autres, Blanche interjeta docilement un dernier doute.

«On ne sait même pas par où commencer.»

Rose brandit son exemplaire de la Marque du Zèbre en s’exclamant: «Bien sûr qu’on le sait. On a le manuel d’instruction !»

Sophie, caressant doucement de ses pouces son bouquin, se sentait emportée par cette idée bizarre. Mais, une première question se posait: Quelle banque et comment la forcer ? L’historienne, spécialiste dans l’architecture des bâtiments historiques songeait à une scène riche en informations où le Zèbre préparait son dernier cambriolage:

«Chaque bâtiment, comme chaque femme, a des vulnérabilités. Il faut les trouver.»

Les mots de son père étaient justes. 

Neiman Arnaud arrive à un magasin situé dans une ancienne imprimerie dans le quartier de South Market Heights de Rochester. Vu à travers la grande vitrine faisant face au trottoir, l’intérieur de l’établissement, avec ses murs en briques apparentes et ses grandes tables antiques jonchées de volumes poussiéreux et de cartes friables jaunies, a l’air d’une bibliothèque de livres rares. Arnaud cherche le vieil architecte Le Blanc. Petit monsieur de 77 ans, Le Blanc connaît la ville comme sa poche. Lorsqu’il voit l’homme à sa porte, le visage dissimulé par le col de son pardessus, il connaît la raison de sa visite sans avoir besoin de s’en enquérir.

Pour Arnaud, son dernier acte ne sera pas pour dérober de l’argent. Non, il en a déjà assez. C’est plutôt pour envoyer un message au patron de la famille Cambriano. Un message clair et net: “Je peux te taper, à ma façon, où je veux, quand je veux”.

Le Blanc débarrasse une table sur laquelle il étale un un plan. Celui-ci décrit un bâtiment que le vieil architecte connait bien.

«À toutes fins et intentions, la Banque Eastside appartient à Luigi Cambriano. Remarque-t-il. Celui-ci connaît les allées et venues de presque chaque centime qui passe par la porte. Et pour blanchir son argent, c’est son établissement préféré. Mais un enfant pourrait y faire effraction. Cependant, il faut que tu te souviennes que la sécurité de la banque est assurée par des gens sans aucun sens de l’humour. Voilà ce que tu dois comprendre. Si tu fais cette tentative, peu importe le résultat, tu ferais mieux de ne pas traîner longtemps dans le coin.»

Arnaud qui porte un pull noir à col roulé examine le plan en détail. Le Blanc lui explique que  sous le bâtiment se trouve de vieux tunnels. Tunnels utilisés autrefois pour transporter des marchandises entre le port et les magasins de la ville. Ils fournissent une voie parfaite pour pénétrer depuis les sous-sols jusqu’à l’intérieur de la banque.

Trente minutes plus tard, Arnaud consulte sa montre. Déjà sur place depuis trop longtemps, il remercie le vieil architecte, un ami depuis son enfance et à qui il fait confiance. Le Blanc lui offre le précieux plan, mais le maître en cambriolages le refuse : il a tout mémorisé...

Revenant de ses pensées, Sophia croit avoir trouvé des réponses à ses questions. Elle interroge rapidement son smartphone et puis, lève la main.

«Excusez-moi les filles, mais je crois connaître notre cible.»

Pendant une heure, Sophia esquissa un plan pour parvenir à l’intérieur d’une banque locale apparemment anodine. Celle-ci faisait partie d’un réseau d’institutions financières disséminées sur les deux côtes du pays. Leur objectif choisi, Rose conclut la réunion en donnant à chacun ses ordres. 

«Ok, Sophia tu t’occuperas des schémas architecturaux. Blanche, t’auras le plan pour contourner les systèmes de sécurité. Moi, je m’occuperai du plan directeur. Tout le monde aura un nom de code et le plus important, on parle de notre entreprise seulement en face à face ! Pas un mot par téléphone ou messagerie ! D’accord ? »

Toutes exprimèrent leur accord en hochant la tête, mais Rebecca posa une dernière question.

«Et moi, qu’est-ce que tu veux que je fasse ? Demanda-t-elle.

- Tu t’occuperas des sandwichs pour la prochaine réunion. Répondit Rose.

- Ok...Super ! Eh bien, est-ce qu’on va parler de Dans les ombres de la nuit ?

- Ce maudit livre, non merci. Répondit Blanche d’un ton dégoûté.

- C’est de la mélasse ! S’acharna Sophia. »

Chapitre 4

Deux mois plus tard, au lendemain du “Memorial day”, Michael Trumbull, le directeur de la succursale Hillsdale de la Banque Montagne de Fer, arriva sur son lieu de travail à 7h30. D’après son expérience, la première matinée après des jours fériés s’avérait toujours particulièrement chargée. Ainsi, pour lui, il était préférable d’arriver un peu plus tôt que d’habitude. Avec un air un peu pressé, il sortit de sa voiture avec son portefeuille dans une main et un gobelet de café dans l’autre. Il se dépêcha de gagner l’entrée du bâtiment.

À l’intérieur de la banque, Alice Wiggins, la superviseuse de l’établissement, était déjà là, en train de vérifier que tous les systèmes étaient opérationnels. Elle salua son chef qui après avoir échangé des banalités sur son weekend alla ranger ses affaires. 

Michael mit son café et son portefeuille dans son bureau puis Alice l’accompagna à la chambre forte. Chacun à son tour tapa son code d’accès sur un digicode à l’extérieur de l’enceinte. Avec un claquement, le mécanisme se dévérouilla. Le directeur ouvrit la lourde porte et commença à entrer, quand brusquement, il aperçut quelque chose de bizarre tracé sur le côté. 

«Mais qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Dit-il d’un ton abasourdi.

- Qu’est-ce qu’il y a ? Demanda Alice.

- Je crois qu’on a un problème. Répondit-il...»

À quelques kilomètres de la banque, dans la ville de Portland, un quinquagénaire se dirigeait vers un immeuble quelconque à l’extrémité sud du district financier. En dépit d’une météo qui s'annonçait belle, il portait son imperméable, une habitude que sa femme avait trouvée à la fois bizarre et attachante. Ses collègues proches l’appelaient “Finn”. Et pour ce fils d immigré irlandais, c’était un surnom approprié parce qu’il avait toujours dans sa poche Huckleberry Finn, le fameux roman de Mark Twain. 

Dooley Murphy était un homme ponctuel. Si ponctuel que l’on pouvait presque régler sa montre selon ses arrivées et départs. Comme à son habitude, il entra dans le bâtiment à 7h55 précises et une fois passé par le poste de sécurité, prit l’ascenseur pour le quatorzième étage où se trouvait son bureau. L’agent déverrouilla la porte et entra dans la pièce avec une pointe de nostalgie. Il accrocha son imper sur le portemanteau et s’immobilisa un instant pour consulter sa montre. Elle indiquait huit heures pile. Ça faisait précisément trente ans que Murphy avait prit son poste d’agent spécial du FBI. Assigné au bureau extérieur de Portland, c’était pour lui un moment marquant car à la fin du mois, il serait obligé de prendre sa retraite. 

L’agent s’assit à son bureau, et d’un regard vide, considéra le tas de dossiers empilés devant lui. Avec un petit soupir, il prit la chemise du dessus et l’ouvrit en s’appuyant sur son fauteuil. À 56 ans, l’agent spécial était satisfait du bilan de sa carrière. À son apogée, il avait brillamment résolu de nombreuses affaires très importantes et certaines lui avaient même valu une promotion d’agent de supervision. Mais il l’avait refusée car la bureaucratie que supposait un tel poste ne l’attirait pas. Pour ce vieil “Irlandais”, sa place était sur le terrain, traquant des cambrioleurs ou des loups de Wall Street. De son travail, c’était cela qui lui manquerait le plus. 

Mais d’un autre côté, après trente ans de bons et loyaux services, l’agent avait envie de faire un truc en dehors du FBI. Sa pension de retraite lui permettrait de poursuivre ce qui l’intéressait et avec son goût pour la littérature, Murphy s’imaginait même écrire un roman. 

Malheureusement, depuis le début de l’année, son chef avait commencé à le mettre au placard et ses derniers jours de travail s’éternisaient. Son travail actuel ne consistait plus qu’à enterrer une maudite pile de dossiers morts. Qu’il aurait préféré passer son temps à mener une dernière enquête intéressante !

Brusquement, son téléphone sonna. Il décrocha. C’était son chef lui offrant un petit cadeau de départ inattendu. 

Plus tard, dans l’après-midi, l’irlandais se rendit dans la ville de Hillsdale et se présenta au directeur de la banque Montagne de fer. Alex Trumbull l’accueillit et lui présenta Alice Wiggins, la superviseuse de la succursale. Après avoir obtenu un résumé de l’évidente effraction, Murphy se mit aussitôt à examiner le lieu du crime. En entrant dans la chambre forte, il ralentit pour jeter un œil sur le dessin inscrit sur le côté intérieur de la porte. Murphy s’immobilisa un instant et puis, se retourna vers les banquiers.

«Vous n’avez touché à rien, c’est vrai ? Demanda-t-il.

- Oui, tout est comme nous l’avons trouvé ce matin. Répondit Trumbull. Et la banque restera fermée jusqu’à ce que vous ayez terminé vos relevés.

- Merci. J’ai une équipe en route pour récolter des indices. On devrait terminer notre travail dans quelques heures.»

La banque se trouvait dans un bâtiment charmant en brique rouge qui datait du tournant du vingtième siècle. À l’époque, c’était une minoterie au bord de la rivière Willamette. Mais au fil du temps, il se transforma en un bâtiment de bureaux et dans les années 2000, l’immeuble a fini par abriter la banque Montagne de fer. Les dirigeants de la banque, enchantés par les qualités “boboesques” de l’endroit, avaient peu pensé aux vulnérabilités de ce vieux bâtiment, préférant y imaginer de jeunes cadres techs buvant du café et investissant de l‘argent dans leurs produits financiers. Mais l’ancien siège de Archer’s Milling avait bien des points faibles.

Murphy scruta l’intérieur de la chambre forte.

«À part le plafond et les parois, il s’avère que l’enceinte n’est pas renforcée. Les voleurs sont directement entrés en creusant un tunnel dans le sol. 

- Oui, répondit Trumbull. Mais on croyait que la terre en-dessous de l’immeuble était solide et on n’avait jamais pensé que quelqu’un puisse y accéder sans être remarqué. En plus, à chaque coin du plafond, il y a des capteurs infrarouges qui sont censés détecter le moindre mouvement.

- Les auteurs de ce crime sont évidemment parvenus à désactiver les capteurs. Conclut l’agent. Ça a l’air d’une opération très sophistiquée. Mais, ce truc sur la porte, qu’est-ce que c’est que cette histoire ? Vos visiteurs ont tracé la tête d’un âne sur la porte ? Demanda-t-il en s’adressant à personne en particulier. »

Alice Wiggins se racla la gorge pour attirer l’attention de l’agent qui semblait hypnotisé par le dessin devant lui.

«Je pense que c’est la tête d’un zèbre. Remarqua Alice.

- Un zèbre ? Pourquoi vous dites ça ?

- Cette tête et les traits à côté, ça fait référence à un roman que je connais. 

- Un roman ? Répondit l’agent en soulevant un sourcil. Lequel ?

- Le titre, c’est la Marque du Zèbre. C’est un vieux roman qui a marqué ma génération et qui raconte l’histoire d’un cambrioleur très sophistiqué. Il s’agit d’un homme dur mais élégant avec de belles jambes musclées et un appétit féroce pour le sexe. Certains diraient un barbare, mais pour ma part, je le trouve complexe et incompris. C’est l’esprit de ce personnage qui me fascine. Alors, les traits représentent le nombre de ses cambriolages. Ici, je compte dix traits, mais la position horizontale du dernier est inhabituelle.

- Vous me dites que notre auteur est le personnage d’un roman ? Demanda Murphy d’un ton incrédule.

- J’en sais rien. C’est juste un livre que je connais. J’imagine qu’il s’agit d’un imitateur.

- Et cet imitateur, il s’est emparé de combien d’argent ? Poursuivit l’agent.

- De rien. Répondit Alice.»

Une étincelle de curiosité toucha Murphy. Il fixa les deux banquiers.

«Il n’a rien pris ?... »

Chapitre 5

Deux jours après l’intrusion à la Banque Montagne de fer, une canicule inattendue s’abattit sur la ville de Rochester, New York. À dix heures du matin, le soleil déjà féroce tombait sur une enceinte bien sécurisée située dans un domaine privé au bord du lac Ontario. À l’intérieur de la maison principale, Salvatore Calvino se reposait tant bien que mal dans le lit qu’il avait fait installer dans son bureau. Plus bilieux que jamais, le vieil homme de 93 ans détestait tous ces trucs attachés à ses bras. Mais ce qui l’irritait le plus, c’était son moniteur cardiaque. Un appareil infernal qui ne cessait d’émettre des bips tout au long de la journée. 

Le pronostic pour le patron de la famille Calvino n’était pas bon. Mais cet éternel gangster avait l’intention de conserver la main-mise sur son organisation jusqu’à son dernier souffle. Lorsque son conseiller Thomas Campbell arriva, le patron n’était pas de bonne humeur. Quelqu’un -une personne qui serait bientôt éliminée- avait fait effraction dans une de ses banques. Et pour une organisation comme la famille Calvino, une telle transgression ne pouvait être tolérée sans punition. Campbell, un homme blond et élégant, portait un costume beige et une chemise blanche. Il était de retour après un voyage en Oregon pour se renseigner sur l’événement survenu deux jours plus tôt. Calvino le regardait avec acrimonie.

«Je suppose que sur la côte ouest les avocats ne portent pas de cravate. C’est ça ? Dit-il d’un ton amer.

- Je suis désolé patron. Il fait une sacrée chaleur dehors. Répondit Campbell.

- Alors, que diable s’est-il passé dans ma banque ?

- Celui, ou ceux, qui ont fait le cambriolage n’ont rien pris. 

- Tu me dis qu’ils l’ont fait pour s’amuser ? Répondit le patron, incrédule. 

- Peut-être. Répondit l’avocat. Toujours est-il que l’argent est encore là. Tout l’argent.

- Quoi !? Alors, qu’est-ce que tu as là ? Demanda Calvino en désignant le dossier dans la main de son conseiller.»

L’avocat tendit la chemise à son patron.

«J’ai l’impression qu’il s’agit d’une mauvaise blague. Remarqua-t-il.»

Calvino sortit lentement une photographie de la chemise. Il fixa des yeux écarquillés l’image d’une marque étrange tracée à l’intérieur de la porte de la chambre forte. Son visage perdit toute sa couleur et il sentit sa poitrine commencer à se serrer. Le moniteur cardiaque commença à accélérer la cadence de ses bips. Le patron se cramponnait à son cœur.

«C’est pas possible ! Cria-t-il.

- Patron ! Patron ! Qu’est-ce qu’il se passe ! Demanda Campbell, paniqué.

- Il est de retour ! Gémit Calvino.

- Qui !? Qui est de retour !?»

Peinant à respirer, Salvatore Calvino se plia en deux de douleur. Il poussa ses derniers mots.

«Le...le...»

Le moniteur cardiaque sonna un dernier long bip qui retentissait dans la pièce. Campbell regarda avec horreur une ligne verte et plate qui s’affichait en continu sur l’écran.

Chapitre 6

Le vendredi après l’effraction à la banque, l’agent Murphy se sentait impatient d’aller plus loin dans cette affaire étrange. Il avait passé toute la semaine à scruter d’un œil expérimenté toutes les preuves apportées par le lieu du crime. Pas encore mis au courant de la mort de Salvatore Calvino, il résuma ses conclusions initiales et à treize heures, rejoignit son chef dans une salle de conférence. Alan Weber, 46 ans, était Agent de supervision de l’unité des crimes financiers. À savoir qu’il gérait tout ce qui avait un rapport avec la finance, y compris les cambriolages de banques. Weber avait les dents qui rayaient le parquet et sa métrique de succès se mesurait en affaires clôturées. Il n’avait ni le temps ni l'intérêt pour parler longtemps de la banque Montagne de fer.

«...Vous me dîtes qu’il s’agit d’un artiste grapheur qui est sorti des pages d’un bouquin ? Se moqua-t-il.

- Je ne peux pas croire que l’on aurait effectué un tel crime sans un but plus grand. Insista Murphy. C’est possible que l’on assiste au début de quelque chose.

- Enterrez-le ! Rétorqua l’agent de supervision.

- Mais chef…

- Murphy, doucement, d’accord ? Le PDG de la banque nous a fait savoir qu’il préfère que l’on clôture cette affaire avec la plus grande discrétion. Alors, enterrez-la...»

Plus tard, Murphy, assis devant son ordinateur, terminait sa journée en déposant son rapport sur l’effraction, mais il se sentait troublé. L’agent appuya sur le bouton Enregistrer en secouant doucement la tête.

 

D’habitude, l’Irlandais préférait passer le vendredi soir au Dullahan Pub, un établissement fondé en 1901 par une bonne famille irlandaise. C’était un bon endroit pour discuter des œuvres littéraires tout en jouant aux fléchettes. Mais Murphy demeura dans son bureau. Il grattait lentement sa barbe de trois jours en scrutant son ordinateur. Sachant qu’il n’était pas prêt de laisser tomber cette affaire bizarre, il tapa une phrase sur Google: 

«la Marque du Zèbre».

Le moteur de recherche ne rendit qu’une petite liste de liens vers des commentaires et des critiques de livre. Murphy scruta la liste méticuleusement, mais il manquait un lien pour acheter un exemplaire. Certain que le roman avait quelque chose à voir avec cet incident fou, l’agent, à ce moment-là, se fixa pour mission de trouver un exemplaire de l’obscur roman. C’était une recherche qui le menait des coins sombres d’Internet à une vieille bibliothèque de livres rares située dans la ville de Rochester, New York. 

Des semaines plus tard, sa carrière au FBI derrière lui, Murphy, désormais redevenu un “civil”, se rendit chez Eastside Antiquities pour négocier l’achat du livre rare. Le propriétaire connaissait bien l’œuvre et il aurait, en fait, préféré garder son dernier exemplaire. Mais c’était une année difficile pour sa boutique et les 600 dollars gagnés l’aideraient à payer les factures du mois. Concernant l’historique du livre et son mystérieux auteur, Murphy trouvait ce monsieur très serviable. 

«Vous connaissez bien ce roman. Remarqua-t-il. Où en avez-vous appris autant ?

- Oh, c’est grâce à mon oncle. Répondit Michael White. Il m’en parlait de temps en temps.

- Votre oncle ?

- Oui, il est mort depuis longtemps, mais il disait avoir bien connu l’auteur.

- Ah bon ? Comment se sont-ils rencontrés ? Demanda l’agent, intrigué. 

- Je n’en sais pas beaucoup plus. J’ai l’impression qu’ils avaient peut-être travaillé ensemble.

- Et votre oncle, que faisait-il dans la vie ?

- Il était architecte. Répondit le propriétaire.»

Chapitre 7

Début juin, le soleil donnait à Pacific City une ambiance de fête. L’après-midi avait à peine commencé et déjà, les restaurants et boutiques se remplissaient de bobos venus passer un bon weekend à la plage. C’était vendredi et partout dans la petite ville côtière, des marchands souriaient alors que l’argent affluait dans leurs caisses. L’atmosphère rappelait à Rose Taylor le sentiment joyeux que ressentent les gamins au dernier jour de l’année scolaire. 

Les “rats” avaient prévu de tenir leur rendez-vous mensuel le lendemain et c’était à Rose d’accueillir le groupe. De bonne humeur depuis leur dernière réunion, la cheffe du club avait pour l’occasion loué un bel appartement donnant sur la plage. Et après avoir passé la plupart de sa journée à s’occuper des préparatifs, Rose avait enfin du temps pour prendre un espresso. À présent au comptoir du café Stimulus, elle attendait sa commande depuis un bon moment. Du coin de l’œil, la férue de littérature aperçut un homme particulier assis à côté d’une fenêtre, en ligne directe avec le soleil. Ce monsieur était seul et avec ses yeux inondés de lumière, il peinait à lire un vieux livre de poche. La couverture bien usée attira l’attention de Rose qui connaissait bien ce bouquin. C’était un roman policier des années soixante-dix. Un classique.

À la fenêtre, Dooley Murphy dégustait son roman avec délice. Avec la main droite sous le menton, il frotta sa barbe de trois jours en considérant un passage intense. Un passage où l’agent Clark suivait la piste du Zèbre. Celui-ci avait fait des erreurs inhabituelles menant l’agent au lieu de son prochain vol:

Depuis sa position sur un trottoir englouti par le noir, Clark guette du regard une bouche d’égouts. Elle est dans la ruelle, à 3 mètres devant lui. Il sait que c’est l’issue par laquelle Neiman Arnaud prévoit de s’échapper. 

Mais l’agent ignore qu’il est dans la ligne de mire d’un tueur à gages. Ce dernier pointe son Beretta 9mm sur la tête du policier, s’assurant de ne pas avoir besoin de plus d’un tir pour le descendre. Brusquement, la nuit est perturbée par un grincement faible et le couvercle s’ouvre. D’un mouvement de gymnaste, Neiman Arnaud s’élève de l’ouverture. Comme un chat, il atterrit silencieusement sur ses quatre pattes. Tout de noir vêtu, seul son visage est illuminé par le faible réverbère au coin. 

Avec son matériel en place, tout est prêt pour son exploit final. Dans trois jours, au cours de la nuit du 27 mai, il prévoit d’y retourner pour exécuter son plan. Avant de partir, Arnaud surveille la ruelle. Sentant un danger, l’extraordinaire cambrioleur tourne la tête à gauche. Ses yeux zooment sur une ombre, une silhouette révélée par le réverbère. Elle est derrière un fourgon. L’ombre tient une arme.

Tout à coup, au coin de l’œil, Arnaud repère un autre homme. Il porte un imperméable gris clair. Le type d’imperméable miteux et ringard que seul l’agent Clark oserait porter. Soudain, le voleur entend un chien qui s’arme. Il sait ce qui va se passer...et il se prépare à s’envoler...

Rose scrutait l’homme en pensant qu’avec une casquette de marin on aurait dit le capitaine d’un bateau de pêche. Ce “capitaine” tournait lentement les pages de son bouquin comme s’il savourait un bon vin. Rosa pensait que son physique robuste lui rappelait un ours en peluche.

«Il n’a pas l’air d’un intello. Se dit-elle. Mais ses goûts littéraires sont exquis.»

Rose se sentait un peu culottée. S’approcher d’un homme qu’elle ne connaissait pas était d’habitude hors de sa zone de confort, mais pour la première fois depuis la quarantaine, elle se sentait bien dans sa peau. Soudain, le barman appela Rose. Elle prit son gobelet en pensant: «Pourquoi pas ? »

Dooley Murphy avala une gorgée de café, ses yeux rivés sur son bouquin. Une voix l’interrompit. 

«C’est un bon livre. Vous ne croyez pas ? Dit Rose avec un petit sourire. »

Dooley leva le regard vers son interlocutrice. L’ancienne nageuse de compétition était habillée chic. Elle portait une chemise à manches courtes motifs fleuris accompagnée d’un short bleu. Dooley constata que sa tenue allait à merveille avec son corps athlétique. Mais, ce qui le frappa vraiment, c’était la façon avec laquelle ses cheveux blond gris tombaient sur ses épaules. Il jeta un œil aux pieds de Rose.

«Des baskets Lacoste en toile. Remarqua-t-il. Chapeau bas.

- Je vois que vous appréciez la mode. Répondit-elle. 

- Tout à fait. Vous connaissez ce livre ? 

- Je l’ai lu quand j’avais quatorze ans.

- C’est pas vraiment un livre pour des gamins. 

- C’est vrai. J’admets. Mais j’aime le personnage du voleur. Il est malin, non ? 

- Oui, il est malin, mais comme pour tous les criminels qui s’estiment trop habiles, il va finir par se retrouver entre les mains de la police.

- Vous le croyez ? »

Dooley ferma lentement son livre en désignant le siège libre devant lui.

«Accepteriez-vous de vous joindre à moi ? Demanda-t-il d’un ton accueillant.

- C’est très gentil. Répondit-elle en s’asseyant. 

- Alors, oui c’est un très bon livre. Je trouve que le style de l’auteur s’accorde bien à mon goût.

- Oui, il me plaît à moi aussi. J’aime la façon avec laquelle il fouille dans les cerveaux de ses personnages. Mais, il laisse aussi des questions ouvertes pour le lecteur. C’est comme s’il voulait que l’on partage la réalisation du récit. Par exemple, cette nuit à l’extérieur de la Banque Eastside, pourquoi Neiman Arnaud risque-t-il sa vie pour sauver celle de l’agent Clark ? L’auteur nous laisse y répondre.

- Il lui sauve la vie ? Répondit Murphy d’un ton déçu. Je n’en étais pas encore là.

- Ah désolée. Mais ne vous inquiétez pas. Je vais pas vous gâcher la fin.

- Merci. Dites, vous connaissez d’autres titres de cet auteur.

- Oh, j’aimerais mais c’est son premier et unique roman.  

- Son unique ? Avec autant de talent, pourquoi n’a-t-il écrit qu’un seul livre ? 

- Il y a une trentaine d’années, j’aurais dit que c’était parce qu’il s’est suicidé. Mais, une de mes amies avait alors suggéré que le roman était une sorte d’autobiographie. Je ne sais pas si c’est vrai, mais peut-être qu’il vaut mieux pour lui passer son temps loin des projecteurs. Répondit-elle. 

- C’est une hypothèse intéressante. Dit-il.»

Une autobiographie ? D’après ses propres recherches, Murphy trouvait cette idée plutôt plausible. En parlant de Robert Buckman, Michael White, le propriétaire de Eastside Antiquities lui avait raconté des histoires parsemées de coïncidences frappantes. Il s’avérait que pendant des années et jusqu’à la publication du livre, la ville de Rochester et ses environs avait connu une série de cambriolages marquants. En consultant un ancien collègue, Murphy avait appris que Walter Howell, l’agent qui enquêtait sur ces affaires, appelait son cambrioleur le Fantôme. Cependant, il n’arriva pas à identifier le vrai nom du suspect. Et coïncidence, c’était pendant cette même période que Robert Buckman fréquentait le bureau de l’architecte Alister White. Un spécialiste de la conception de bâtiments sécurisés.

Cependant, bien qu’il trouvât ce parallèle intéressant, au fond, Murphy était enquêteur. Et les actions de Buckman auraient tout simplement pu concerner des recherches pour son livre. Ainsi, Murphy ne se risquait pas à traiter les récits de Michael White autrement que comme des anecdotes non-corroborées...

Alors que Rose et sa nouvelle connaissance discutaient des nuances dans l’œuvre de Robert Buckman, Blanche Hill se scrutait sous tous les angles dans le miroir mural de son immense dressing. Sa tenue de plage toute neuve ne lui donnait pas exactement l’allure svelte qu’elle recherchait. À 20 vingt ans, son corps plantureux lui avaient apporté bien des avantages. Mais à 48 ans, les inconvénients l’emportaient largement. Ses seins pendaient. La naissance de ses trois enfants et le passage inexorable du temps les avaient tués. Ils étaient détruits, anéantis, effondrés. Du coup, son jeu de tennis en souffrait. Quand Blanche faisait tourner ses épaules, mouvement essentiel pour un bon coup droit, ses seins s’écrasaient contre ses bras. Avec ce déséquilibre gênant, elle faisait tant de fautes directes qu’elle envisageait de quitter son club de tennis. 

Avec un soupir résigné, Blanche changea de tenue et se remit à faire sa valise en vue du weekend à Pacific city. La spécialiste en intégration de systèmes informatiques pliait ses vêtements en regardant par la baie vitrée de son appartement. La ville de Portland brillait. Pour elle, la vue évoquait une scène dans la Marque du Zèbre où Neiman Arnaud séduit la charmante Nicole Durain:

...Celle-ci prévoit de s’enfuir de Montréal en douceur. 

«Un vol rapide en Belgique et je serai en sécurité. Espère-t-elle en écrasant sa cigarette.»

Nicole sait qu’Arnaud la recherche mais elle a mal calculé sa fuite. Soudain, comme un fantôme, Neiman apparaît de derrière le rideau. Elle se retrouve prise au piège. Neiman la prend dans ses bras. Nicole lutte en tapant sur sa poitrine et crie:

«Seul un voyou comme toi oserait venir ici ! »

Mais elle est captive de ses charmes et Neiman la consomme avec un appétit charnel des plus féroces...

Blanche a rêvé de cette scène tant de fois, s’imaginant à la place de Nicole. Avec son regard bestial, Neiman l’hypnotise et elle cède. Les images qui tournaient dans sa tête était si délicieuses que Blanche pouvait presque sentir ses seins se gonfler à nouveau. Elle souffla avec un “wooo” et par réflexe, jeta son livre dans la valise. Un bon weekend était à venir.

Chapitre 8

Toujours dans le café Stimulus, Rose et Dooley continuaient à faire connaissance. 

«Vous savez, ça fait longtemps que je n’ai pas lu un livre avec seulement la moitié du suspense de celui-ci. Se lamenta-t-elle. Aujourd’hui tous les livres semblent suivre la même recette. La plupart du temps, je peux deviner la fin juste après le premier chapitre.

- Ah, oui. Je comprends. Répondit-il. Je préfère les histoires où le déroulement n’est pas si évident que ça. Est-ce que vous lisez quelque chose d’intéressant en ce moment ?

- En ce moment, oui. Mais, c’est pas un livre. Est-ce que vous voudriez entendre une belle histoire ? Demanda-t-elle.

- Oui, oui, je vous en prie...»

Avec ses yeux perçant ceux de son interlocuteur, Rose raconta avec passion un récit digne d’un roman à suspense.

«...et là, à travers l’obscurité, elle voit, dans l’encadrement de la porte, la silhouette de l’intrus. Est-ce que vous pouvez l’imaginer !? Il est deux heures du matin et elle se retrouve seule à la maison, confrontée à la forme d’un homme massif. 

- Qu’est-ce qu’elle fait ? Demanda Dooley.

- Alors, cette Caroline est encore allongée dans son lit, paralysée de peur. Sa tête tourne furieusement. Elle n’a recours qu’à une seule chose pour se défendre.

-Oui, oui, quelle chose ?

- Son chat Elouise.

- Son chat ?

- Oui et d’un coup, elle prend Elouise et le lance sur la silhouette !

- Ben, waouh. Je m’y attendais pas ! Répondit Dooley d’un ton surpris. Mais qu’est-ce qu’il se passe ensuite ?

- Voyez, Elouise atteint la tête de l’homme, déchirant son visage avec ses griffes ! L’homme tombe en arrière en criant. Quand Caroline le voit luttant pour repousser le chat, elle s’élance vers la porte ! Effrayée comme jamais, elle descend l’escalier à grandes enjambées et commence à le dégringoler. Elle atterrit sur le sol avec fracas en se cassant deux côtes ! 

- Waouh ! Et alors ?

- Alors, grimaçant de douleur, Caroline rassemble toutes ses forces, se remet debout et s’enfuit par la porte d’entrée. Une fois dans la rue, elle hurle de terreur. Aussitôt, des lumières s’allument chez ses voisins ! »

Brusquement, un fracas d’assiettes interrompit la conversation. Les deux interlocuteurs tournèrent leur regard vers un barman qui se dépêchait de ramasser des morceaux de porcelaine jonchant le sol. Le suspense n’était brisé que depuis un instant quand Dooley supplia Rose de continuer son récit.

«Alors, les policiers arrivent vite et ils trouvent l’intrus, blanc comme un linge, adossé à un mur à l’extérieur de la chambre de Caroline. Devant lui, Elouise est là se lavant la patte avec sa langue, comme si de rien n’était.

- Mais comment...Qu’est-ce qu’il lui est arrivé ? Demanda Dooley.

- Il s’avère que ce monsieur, un voleur qui terrifiait le quartier depuis des mois, souffrait d’une phobie des chats. Il a même fini par remercier les policiers de l’avoir sauvé du félin. 

- Ce mode de défense par le chat ne m’a pas l’air très efficace à priori, mais ce qui s’est passé, c’est incroyable. Remarqua Dooley. Où est-ce que vous avez lu cette histoire ?

- Dans le registre de la police de ma ville. Répondit-elle.»

L’ancien agent spécial du FBI fit une pause pour consulter sa montre. C’était déjà 16 heures et il ne savait pas comment avait filé le temps. Murphy souria. Ça faisait longtemps qu’il n’ avait pas passé d’aussi agréables moments avec une femme. Se sentant, lui aussi un peu culotté, il voulait proposer d’échanger leur numéro de téléphone, mais c’est Rose qui aborda le sujet la première.

«Alors, dit-elle, je dois vous laisser. Mais écoutez, j’ai des amies qui viennent demain pour une réunion de notre club de lecture et ça me ferait plaisir si vous nous rejoigniez. À coup sûr, on va discuter de ce livre.

- À quelle heure ? Demanda-t-il.

- On commence à midi, mais vous pouvez arriver quand cela vous convient.

- J’aimerais bien vous rejoindre. Et je pense que je ferais mieux de finir le bouquin ce soir.»

Rose lui tendit sa carte de visite qu’il remarqua avec intérêt.

«Ah, votre second prénom, c’est Anne.

- Oui, c’est ainsi pour presque la majorité de mes contemporaines. Répondit-elle.

- Oui, oui, c’est très populaire comme second prénom. Ajouta-t-il, songeur.

- Et ça me donne des initiales R-A-T. appropriées car je suis un vrai rat de bibliothèque.»

C’était bien un second prénom populaire et associé au prénom Rose, une coïncidence. Coïncidence que l’ex-enquêteur trouvait intrigante.

À minuit et demi, assis devant le petit bureau de sa chambre d’hôtel, Murphy terminait de lire la dernière page de la Marque du Zèbre. Avec une respiration profonde, il ferma le bouquin et regarda la quatrième de couverture. Tout le monde semblait se passionner pour ce criminel expérimenté qu’est Neiman Arnaud. Cependant, pour Murphy, son personnage préféré, c’était Clark. Comme lui, Clark se méfiait des coïncidences et il cherchait des motifs dans les agissements de ses suspects. Toutefois, l’ancien enquêteur se sentait troublé. Il ne comprenait pas encore pourquoi Arnaud avait sauvé la vie de Clark. Murphy y réfléchissait alors que cette scène importante tournait dans sa tête:

Avec toute son attention fixé sur Neiman Arnaud, Clark ignore qu’il est visé par un assassin. Mais brusquement, une lueur jaillit depuis le côté d’un fourgon garé juste à quelques mètres de sa position. Instantanément, avant que le moindre son du tir ne lui parvienne, le cerveau de Clark fait un million de calculs. Tous arrivent au même résultat: je suis mort. Mais soudain, la lueur disparaît, obstruée par une silhouette noire. C’est la silhouette de Neiman Arnaud qui, quelques millisecondes avant, s’est lancée vers Clark en faisant un “Grand Jeté”, peut-être le saut le plus difficile en danse classique. En s’élançant dans un grand écart, le Zèbre parcourt une distance de 4 mètres dans un effort de niveau olympique. L’inspecteur regarde le spectacle qui semble se dérouler au ralenti. «C’est pas possib...»

Tout d’un coup, Clark est jeté à terre par la silhouette volante. L’inspecteur atterrit sur le dos et d’une réaction instinctive, prend son arme, un revolver Smith & Wesson, et tire en direction de l’assassin. Lorsque la détonation disparaît, l’inspecteur se remet rapidement debout. Avec son arme tendue devant lui, il s’approche du corps allongé à côté du fourgon. L’assassin ne bouge plus, une flaque de sang s’étalant sous sa tête.

Revenant à l’endroit où Arnaud l’a poussé par terre, Clark balaye le sol de sa lampe de poche. Il repère des traces de sang qui mène vers l’allée. Un instant plus tard, il entend le bruit étouffé de crissements de pneus…

Brusquement, une intuition frappa Murphy au visage. L’ex-enquêteur se rendit compte qu’en enquêtant sur l’affaire de la Banque Montagne de fer, il avait raté quelque chose de fondamental. Il ouvrit aussitôt son ordinateur portable et navigua sur Google. Il pianota sur le clavier une cascade de frappes et finit par appuyer sur la touche Envoyer. Un lien le mena vers la page d'accueil d’une société de gestion de portefeuilles appelée Eastside Holdings. Il cliqua sur la page “Filiales” en regardant bouche bée ce qui s’affichait sur l’écran.

«C’est pas possible. Se dit-il.»

Chapitre 9

Le lendemain matin, dans sa petite maison à la périphérie de Hillsdale, Rebecca Patterson vérifiait qu’elle avait toutes les provisions requises pour un buffet-sandwich mémorable. La femme obsessionnelle avait rassemblé un ensemble d’aliments hauts de gamme en quantités suffisantes pour nourrir la 10e division de l’armée de terre. En plus de la dinde qu’elle avait rôtie la veille au soir, se trouvait du bon jambon et une sélection de fromages artisanaux y compris des marques véganes pour satisfaire les exigences de Sophia Bell.

Rebecca chargea le tout dans une glacière roulante et commença à la sortir de sa cuisine. En s’approchant de la porte, elle s’arrêta un instant. Peut-être, pensa-t-elle, il serait plus élégant de faire des petits paniers à pique-nique individuels ! «Oooh, bonne idée ! Se dit-elle. » 

Une trentaine de minutes plus tard, avec sa cargaison de sandwichs dans de charmantes boîtes personnalisées, la podo-orthésiste mit le tout dans le coffre de sa voiture et ouvrit la porte côté conducteur. Mais elle fit subitement une pause. En voyant le siège, un souvenir apparut, remplaçant dans son esprit l’image de ses amies se régalant chacune de leur délicieux déjeuner par une scène de la Marque du Zèbre. Une scène qui commence dans une région forestière, dans le nord de l’État de New York: 

Un policier, en patrouille de routine, trouve un véhicule abandonné dans un fossé. C’est la Ford Mustang que Nieman Arnaud a volé pour prendre la fuite. Le Sergent examine la voiture et voit le siège maculé de sang.

L’agent Clark est bientôt sur les lieux. Il n’a besoin d’aucune preuve pour savoir qu’il s’agit du sang du Zèbre. Dans un certain sens, il veut le laisser s’échapper car ce dernier lui a tout de même sauvé la vie. Mais Clark le considère avant tout comme un criminel et il doit l’arrêter.

Se cachant dans les bois, Arnaud a une blessure superficielle à l’abdomen. Il la panse à nouveau en se demandant pourquoi il a sauvé la vie de Clark. Peut-être qu’il lui rappelle son père ? Mais ce maudit enquêteur a gâché son plan. Qu’il aurait aimé voir les yeux de Luigi Cambriano voyant sa marque à l'intérieur de sa précieuse chambre forte. Une marque mystérieuse et incontournable. La marque du Zèbre !

Malgré sa difficulté à accepter son échec, Arnaud reconnaît qu’il doit, comme prévu, s’enfuir en Argentine. Si son père lui a appris une chose, c’est bien que les morts ne sont jamais les gagnants. Mais, le Zèbre se promet qu’un jour Cambriano souffrira de sa revanche. Et avec un dernier regard autour de lui, il prend la fuite.

Brusquement, Rebecca revient de son rêve. 

«Oh mon dieu ! J’ai pas vu le temps passer. Je dois filer !... »

L’océan grondait sous un ciel sans nuages. C’était 11h30 et il faisait vraiment beau. Depuis sa place sur la terrasse de l’appartement, Rose contemplait au loin un énorme bloc de basalte créé par des écoulements de lave, il y a 15-20 millions d’années. La roche ressemblait à une tête de gorille émergeant de l’océan. Comme avec des personnages de roman, la blogueuse préférait les choses multidimensionnelles. Et sous une autre perspective, elle pensait que la Haystack Rock ressemblait à un type d’éléphant de mer extraterrestre.

Quelques minutes plus tard, Rose consulta sa montre et rentra dans le salon pour attendre ses amies. Ce sera la première réunion de leur club de lecture depuis qu’elles ont effectué le plus grand crime du siècle. Le plus grand, ou le deuxième plus grand, si on prend en compte la publication du livre Dans les ombres de la nuit. 

Quand Blanche et Sophia arrivèrent, Rebecca était déjà sur place et rayonnait devant les beaux paniers à pique-nique qu’elle avait déposés sur l’îlot de la cuisine. Blanche s’approcha de son amie, les bras ouverts.

«Ces paniers sont si beaux ! S’exclama-t-elle en embrassant Rebecca.

- Oh tu me fais rougir, mais merci. C’était tellement amusant de les confectionner ! »

Des étiquettes posées sur le dessus de chaque panier indiquaient leur destinataire. Sophia jeta un coup d’œil sur le sien.

«Rebecca ! Du fromage végan ! T’es si gentille !

- Oh de rien ! Répondit Rebecca d’un ton ravi. C’est un bon munster provenant d’une algue rouge récoltée d’une manière très éthique ! 

- C’est sublime ! Remarqua Sophia en en grignotant un morceau. »

Tout à coup, le bruit d’un bouchon qui sautait d’une bouteille de champagne interrompit les salutations. 

«Ok mesdames, je veux commencer cette réunion en levant un verre à mes partenaires de crime ! Venez toutes me rejoindre. On l’a fait ! Cria Rose.»

Elle versait le champagne pendant que les autres “rats” se félicitaient en poussant des cris de joie. Certaines de n’avoir laissé aucune preuve de leur identité, ce groupe de surdouées avait fêté le 35e anniversaire de l’incontournable Neiman Arnaud en faisant un bon doigt d’honneur à Luigi Cambriano. Et le meilleur, c’est qu’un mois après l’”opération”, il semblait qu’elles s’en étaient tirées. À chaque fois que Rose y pensait, elle tremblait de passion. Le rat de bibliothèque souriait en se félicitant, elle aussi.

«Quelle réussite. Chuchota-t-elle d’une voix presque inaudible.»

Soudain, une sonnerie retentit et le brouhaha dans la pièce s’affaiblit.

Dooley Murphy attendait derrière la porte avec deux paquets de Guinness et son précieux exemplaire de la Marque du Zèbre. Il était habillé sans son imperméable, ce qui lui donnait l’air d’une personne normale. Son polo bleu foncé était même d’une marque haut de gamme. Rose l’accueillit à la porte et le fit entrer.

«...Un Polo Izod assorti d’un bermuda à grandes poches. Remarqua-t-elle. Chapeau bas.»

L'hôtesse de cette joyeuse occasion mit la bière dans le frigo alors que Blanche, Sophia et Rebecca se présentèrent à Murphy. Rose rejoignit le groupe en tendant une Guinness à son invité. Blanche et Sophia, à ce moment-là un peu éloignées des autres, se regardaient.

«Qu’est-ce que tu penses de lui ? Demanda doucement Sophia.

- Je dirais un agent du FBI. Répondit Blanche. Et toi ?

- Je pensais à un capitaine de bateau de pêche.

- Ah oui, je vois. Remarqua Blanche. Mais, si c’est la première option, je conseille la prudence dans tous nos propos.

- T’as raison. »

Rose invita tout le monde à prendre un siège sur la terrasse. Traînant derrière les autres, Rebecca tendit un panier de pique-nique à l’ex-enquêteur.

«Puis-je vous offrir de quoi déjeuner ? Rose ne m’a pas dit qu’on aurait un invité, mais ça ne pose aucun problème parce que j’ai préparé dix paniers supplémentaires ! »

Dooley remercia la femme tout sourire et désigna le groupe sur la terrasse.

«On y va ?

- Oh avec plaisir. Répondit-elle.»

Tout le monde autour de la table, le sujet se dirigea aussitôt vers la Marque du Zèbre. Murphy appréciait toutes les nuances que ces femmes apportaient à l’analyse de l’œuvre. Blanche illuminait les scènes d’amour avec une rigueur que l’inspecteur trouvait inspirante. Tout aussi impressionnante était sa connaissance des systèmes de sécurité. Connaissance, remarqua-t-il, qui servirait bien à n’importe quel cambrioleur de haut vol.

Quant à Sophia, même si elle aimait, elle aussi, les passages sexuels, la professeure d'histoire de l’architecture se passionnait plus encore pour les moments où Arnaud concevait ses plans pour entrer dans les bâtiments. En les relisant, les moments que celui-ci avait passés à décortiquer la Banque Eastside avec Le Blanc la scotchaient à la page. Même l’agent Clark, un chasseur de criminels capable de s’adapter à l’évolution de sa proie, l’impressionna. Celui-ci avait un œil pour les détails qui était aussi rigoureux que celui de Neiman Arnaud. Et à sa manière, elle le trouvait incontournable, lui aussi. 

Pour sa part, Rebecca pensait qu’au fond, Neiman Arnaud était gentil. Le brillant voleur avait eu une vie difficile et en considérant toutes les circonstances, elle croyait que dévaliser des banques était une réaction raisonnable de sa part.

En face de Rebecca, Rose prenait du plaisir à bavarder avec ses amis, se plongeant dans des questions qui la fascinaient toujours: Neiman Arnaud, l’avatar de Robert Buckman ? Peut-être. Et à propos de celui-ci, qu’est-ce qu’il lui arriva ? Mais ce qui illuminait son visage, c’était qu’elle avait répondu à la question qui la rongeait depuis trois décennies. Que voulait dire la phrase «la Marque sera de retour...»

Au début de sa troisième Guinness, Murphy attendait toujours son occasion pour s’insérer dans la conversation amusante qui emportait ces rats de bibliothèque. De temps en temps, il levait un doigt pour essayer d’ajouter une pensée, mais jusque là, il n’y était pas arrivé. Subitement, Rose se rendit compte que les rats n’avaient pas permis à leur invité de placer un mot dans la discussion.

«...Ok, ok ! Attendez un moment, mesdames ! S’exclama Rose. Dooley, je vous demande pardon. On ne vous a pas donné l’occasion de vous exprimer. Alors, dites-nous, quelle partie du livre vous a marqué le plus, si je peux le dire ainsi ? Ajouta-t-elle en gloussant.»

Murphy reposa sa bière sur la table et avec le dos de sa main frotta sa bouche.

«Il y a, évidemment, trop de bonnes parties à mentionner. Mais ce qui m’intéresse le plus, c’est la fin de l’histoire. Est-ce que c’était vraiment la fin ? Vous ne croyez pas qu’il y a un travail inachevé là-dedans? 

- C’est une question qui m’a rongé pendant longtemps. Répondit Rose. En fait, à mon avis, la fin renforce l’idée que, peut-être, le lien entre Neiman Arnaud et Robert Buckman est plus fort que celui entre un artiste et son sujet.»

L’inspecteur n’avait pas l’habitude de rater un lapsus, il alla plus loin avec sa question.

«Hmm, ça vous a rongé pendant longtemps ? Dites-moi, si on imaginait que l’auteur a laissé un autre chapitre à écrire, le dernier chapitre. Où est-ce que vous pensez qu’il aurait mené l’histoire ? »

D’un regard inquisiteur, Rose parcourut les visages de ses amies et puis tourna la tête vers Murphy. C’était la première fois depuis qu’ils s’étaient rencontrés qu’elle avait un souci avec son métier d’enquêteur.

«Eh bien, je ne sais pas exactement où ça irait. Répondit-elle d’un ton timide. Mais si je peux dire, j’imagine que la Marque serait de retour. 

- Voilà. Dit Murphy d’un ton satisfait. La Marque serait de retour...Moins que cela serait une déception, n’est-ce pas ? Eh bien, j’ai vraiment envie de partager quelque chose avec vous toutes.

- Oh qu’est-ce que c’est !? Demanda Rebecca tout en sursautant.

- Voyez, j’ai fait énormément de recherches sur cette question et j’ai l’intention d’écrire ma propre réponse sous forme d’un livre. J’aimerais bien partager avec vous le scénario. 

- Mais évidemment ! S’exclama Rose soulagée. Alors racontez, racontez !

- Ok, mais soyez indulgentes, je suis débutant. »

Murphy se racla la gorge et s’adressa au groupe.

«Voilà, ça commence comme ça...»

Un groupe de filles adolescentes, des soi-disant rats de bibliothèque, forment un club de lecture et découvrent un livre captivant. Il s’agit d’un roman policier obscur encensé par tous ceux qui le lisent. Les membres du groupe se passionnent pour les personnages du livre, surtout le protagoniste, un cambrioleur incontournable. L’auteur, un homme mystérieux, a disparu peu après sa publication et ces jeunes ados passent des heures à discuter de son sort. Elles se demandent même si l’œuvre est autobiographique. 

La tête du groupe, une blogueuse cuisine qui s’appelle Elaine, se réjouit en discutant des questions laissées ouvertes par l’auteur, mais c’est la dernière phrase du bouquin qui l’obsède. Pourquoi l’écrivain a-t-il terminé l’histoire avec ces mots: «La Marque sera de retour»

«Obsédée me semble un peu fort. Murmura Rose. C’est une fin intéressante. C’est tout.»

Au fil des décennies suivantes, ce club de lecture se réunit chaque mois pour discuter de leur livre du mois. Mais, malgré leurs meilleures intentions, elles reviennent toujours sur la Marque du Zèbre. 

Un jour, Elaine est informée d’un fait qui la choque : l’écrivain a eu une fille. Une belle enfant qu’il chérissait, et pour qui il espérait un meilleur avenir loin de son milieu dangereux. Malheureusement, après la mort mystérieuse de sa femme, Buckman doit reconnaître que ce serait impossible pour lui d'élever l’enfant tout seul. Alors, peu après son premier anniversaire, le bébé est confié à l’adoption. L’auteur et sa fille ne se revoient plus jamais.

La blogueuse est aussi informée qu’il existe un lien potentiel entre elle et l’auteur. Elle découvre qu’il y a une trentaines d’années, l’enfant que l’auteur avait abandonnée, avait le même nom qu’elle, était née le même jour et avait été adoptée par une bonne famille de Hillsdale en Oregon. À ce moment-là, elle se sent emportée par une tempête. Mais ce grand chamboulement finit par clarifier ses pensées. Le sens derrière les mots fatidiques qui terminent son roman préféré devient clair. C’est comme un message venant de son père. Son vrai père.

La tête du club de lecture mobilise les autres membres pour effectuer le crime inachevé de Neiman Arnaud. Essentiellement, pour écrire le dernier chapitre du livre. Le chapitre qui, pour elle, semble absent de l’œuvre. Mais une autre question commence à planer sur elle: Est-ce que la Marque du Zèbre est une autobiographie ? Est-ce que c’est Robert Buckman qui a effectué les cambriolages que son livre a si passionnément racontés. La blogueuse se demande si son père s’est laissé à lui-même une promesse non tenue. La promesse de tourmenter le gangster qui a gâché sa vie.

Ainsi, ces rats de bibliothèque se penchent toutes ensemble sur leur mission : préparer l’effraction d’une banque. La tâche exige des connaissances spécialisées. Qui aurait une meilleure connaissance des faiblesses d’un bâtiment qu’une historienne en architecture ?

«On dirait qu’il a raison. Remarqua Sophia.»

Mais pour s’assurer de leur non-détection dans la banque, il faut aussi désactiver des systèmes de sécurité. C’est une tâche confiée à “Anna”, une spécialiste dans l’intégration de systèmes informatiques. C’est une femme qui sait que les capteurs infrarouges sont munis de radios qui peuvent contrôler leur opération. Sa connaissance des protocoles de tels appareils sera très utile.

Blanche tourna la tête vers Sophia.

«Ce n’est sûrement pas le capitaine d’un bateau de pêche. Chuchota-t-elle. »

Le groupe choisit une cible, c’est une banque quelconque. Une petite institution charmante et boboesque qui sert à la population locale. Mais sous son apparence innocente, elle fait partie d’un réseau d’institutions avec des liens suspects. Une institution comme la dernière cible de Neiman Arnaud: la Banque Eastside à Rochester, New York.

Les “rats” se promettent que “La Marque sera de retour” deviendra une réalité et l’effraction est prévue pour le 27 mai, l’anniversaire de la fille de Robert Buckman. Pour les victimes du crime, tout paraîtra comme un coup de tonnerre. Mais comme pour tous les cambriolages sophistiqués, la préparation de l’opération dure des semaines. Du matériel est mis en place et la qualité de l’opération est assurée à chaque étape. La nuit de l’effraction, avec un émetteur radio, Anna désactive les capteurs de sécurité. Puis, Elaine et l’historienne, chacune à leur tour, travaille avec une scie à guichet industrielle pour ouvrir un trou dans le sol de la chambre forte. Ensuite, Elaine entre dans l’enceinte pour laisser une marque mystérieuse et incontournable sur l’intérieur de la porte. C’est la Marque du Zèbre !

Plus tard, elles se rendent au port le long de la rivière qui traverse leur petite ville. Elles s’installent sur un quai où la lumière de la lune se reflète à la surface de l’eau. Le groupe se félicite sans parler de leur exploit, mais en se laissant absorber par la réalité de ce qu’elles ont fait. Ces “rats” mangent des sandwiches délicieux. C’est leur amie “Elfriede” qui les a apportés.

Blanche chuchota à l’oreille de Rose.

«Il embellit un peu la scène. Tu ne crois pas ? »

Les dirigeants de la banque rapportent l’incident au FBI. Pour l’enquête, l’Agent de supervision donne le dossier à un enquêteur d’origine irlandaise qui sera bientôt à la retraite. Celui-ci soupçonne une affaire importante, mais après avoir vu les détails de l’effraction, son chef s’en fiche et lui ordonne de clore le dossier. Cependant l’enquêteur est intrigué par les faits et il ne peut pas laisser tomber l’affaire.

Il continue son investigation loin du regard de son chef. Il cherche des réponses à des questions troublantes, mais le temps passe trop vite et l’agent doit laisser le dossier derrière lui, l’affaire reste ouverte. 

Quelques semaines après avoir pris sa retraite, l’enquêteur décide de se rendre à la plage et passer le weekend avec un bon livre.

«Alors, se dit-il, quel meilleur choix que la Marque du Zèbre ? »

En lisant le livre, il découvre des parallèles étranges entre le livre et l’effraction. Et pour lui aussi, le sens de cette phrase fatidique «La Marque sera de retour» commence à dominer ses pensées.

L’ancien agent du FBI arrive à une petite ville côtière par un beau vendredi. Prenant un expresso dans un café populaire, il rencontre une femme. Une femme charmante qui connaît bien son bouquin et le rejoint pour en discuter. À mesure que la femme parle, les pièces du puzzle qu’était sa dernière affaire, s’imbriquent devant lui. Par une coïncidence extraordinaire, elle est le suspect qu’il cherchait.

«Waouh, j’adore ! S’exclama Rebecca. Surtout le personnage d“Elfriede” !

- Rebecca ! Sois sérieuse. Exhorta Rose.

- Oh, désolée. Répondit-elle en se taisant.»

Rose fixa Dooley d’un regard glaçant.

«Alors, dois-je vous appeler monsieur l’agent Murphy ? Est-ce que vous allez nous arrêter ? Demanda Rose.

- Aujourd’hui madame, je suis juste un civil. Alors non, je ne vais pas vous arrêter. Non, mais j’ai besoin de quelque chose. 

- De quoi avez-vous besoin ?

- Tout d’abord, je dois vous dire que je vous ai présenté ma version de l’histoire. Mais, je veux vraiment connaître la vôtre. Et donc, dites-moi pourquoi vous avez réalisé votre exploit, au prix de très gros risques.

- Robert Buckman faisait un dessin. C’était celui d’un zèbre avec une tête et des rayures. Mais il manquait quelque chose au dessin.

- Qu’est-ce qu’il manquait ? Demanda Murphy avec empressement.

- Une queue, inspecteur. C’est ce que je lui ai donné. Et maintenant, le dessin est complet. Alors, vous avez encore besoin de quelque chose ? 

- En fait oui. Vous savez, je suis un aspirant écrivain. Ainsi, ce dont j’ai besoin, c’est d’un ou d’une partenaire. 

- Je ne comprends vraiment pas. Répondit-elle, curieuse. Quel type de partenaire ?

- Une partenaire pour m’aider à écrire mon premier livre...»

Chapitre 10

Un an plus tard.

Le vieux monsieur s’allongea sur sa chaise longue, des perles de sueur se formant sur sa peau bronzée. Il posa son Daiquiri sur la petite table à côté. C’était le 27 mai à 16 heures et le soleil qui baignait la plage de Bahia Blanca en Argentine lui faisait du bien. L’homme de 65 ans fêtait l’anniversaire de sa fille perdue, comme chaque année, sous le soleil, en sirotant son cocktail préféré. Il ouvrit l’épaisse enveloppe matelassée qu’il avait trouvée dans son courrier et en tira une coupure de presse. Le gros titre le secoua: Le chef de la famille Calvino est décédé. Curieux, il regarda l’intérieur de l’enveloppe et trouva un rapport policier. Il ressenti un pincement au cœur. Une photographie était accrochée sur la face avant du dossier. C’était l’image de la porte d’une chambre forte. Et sur la porte, quelqu’un avait tracé une marque qu’il connaissait bien. Robert Buckman renversa l’enveloppe et observa le bouquin qui était tombé sur ses cuisses: Le retour de la Marque, par Dooley Murphy et Rose Anne Taylor. «Ça a l’air d’un bon livre. Se dit-il, en souriant.»


FIN

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Commentaires ( 8 )

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  • Minou

    Salut Nathalie !
    Seulement un petit mot pour remercier Frank et pour l’encourager à continuer d’écrire.
    Il écrit incroyablement bien et d’ailleurs en français ! Je sais bien à quel point cela peut être difficile ( et stimulant !! ).
    Frank, vous êtes vraiment doué ! Bravo !
    Je crois que l’on a au moins deux choses en commun : l’amour pour la langue française et la chance de pouvoir compter sur Nathalie pour nous accompagner dans notre voyage à travers cette belle langue.
    Nathalie, merci de partager !
    Minou

    • Et tu es trop modeste pour dire qu’un autre de vos points communs est d’être tous les deux vraiment doués en français !
      Merci pour ton message, Minou !

    • Frank

      Merci Minou. Vous êtes très gentille et je trouve votre commentaire très encourageant. C’est une histoire que j’ai trouvé très amusante à écrire.

  • Judith

    Bonjour Frank ! J’ai lu La marque du zèbre et je suis vraiment passionnée de cette histoire qui m’a captivée du premier chapitre. C’est très bien écrit et on plonge facilement dans le scénario. Vous avez un talent de raconter une histoire !
    Vous voulez de la critique. Eh bien, j’ai deux points à remarquer :
    1. Je ne pouvais pas m’arrêter de lire jusqu’à la fin et comme ça j’ai trop peu dormi. La journée suivante était donc un peu fatigante.
    2. J’ai commencé l’histoire pour apprendre du français et améliorer mon vocabuläire. Ce n’était pas du tout possible, car l’histoire est trop captivante.
    C’est ma seule critique ! 😉
    J’espère vraiment que vous partagerez une autre histoire avec nous ! Ça serait super !
    Encore : BRAVO et merci !
    Judith

    • Frank

      Merci Judith. Je suis très heureux que mon histoire vous’a plu. Je dois beaucoup de remerciements à Nathalie pour ses conseils et son aide.

    • Frank

      Merci Judith. Je suis très heureux que mon histoire vous’a plu. Je dois beaucoup de remerciements à Nathalie pour ses conseils et son aide.

    • Waouh ! C’est ce qu’on appelle une critique dithyrambique (=très élogieuse)
      On va créer le fan club de Frank (et ensuite celui de Judith !)

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