Transformation ultime – Histoire en français

Histoire en francais transformation ultime

Transformation ultime – Histoire en français

Vous voulez lire une histoire en français ?

Vous voulez pratiquer votre compréhension écrite de manière agréable ?

Vous avez déjà un niveau intermédiaire en français ?

Je vous invite à découvrir une histoire très originale qui se passe en France, dans les Alpes françaises et ensuite de répondre aux questions de compréhension.

Vous allez voir que le personnage vit des aventures vraiment très spéciales.

L'auteure de cette histoire s'appelle Judith Hess. 

Judith est allemande et a écrit cette histoire dans le cadre de ses cours de français avec moi (programme autonomie).

Judith a accepté de partager avec vous son histoire qui va vous transporter dans un univers assez inattendu.

Judith a déjà partagé une des ces histoires : Lyon abracadabrant sur ce blog.

Elle a aussi partagé ses conseils d'apprentissage dans des vidéos : 6 méthodes actives pour progresser en français et son illustration de la prononciation de PLUS.

Judith est décidément très talentueuse et généreuse.

Voici le programme :

Les Grandes Jorasses, Alpes, France


La consigne d'écriture créative en français

Le point de départ de cette histoire est une consigne d'écriture créative que j'ai donnée à Judith.

Son histoire a été beaucoup plus intéressante que je l'avais imaginé.

Avant de découvrir son histoire, je vous propose de découvrir la consigne d'écriture :

Titre : Un animal, un mois

Imaginez :

On vit dans un monde étrange …

Le mois prochain, le 1er du mois, vous DEVREZ vous transformer en un animal pendant un mois.

On vous laisse le choix de l’animal.

-Comment allez-vous vous préparer avant cette date du grand changement ?

-Quel serait cet animal ? (réponses au conditionnel présent)

-Quel serait alors votre plus grand bonheur ?

-Quels seraient vos principaux défis en tant que [animal] ?

-Quel regard porteriez-vous alors sur les Humains ?

-Quels seraient vos regrets par rapport à votre existence précédente d’Humain ?

Après un mois entier, vous devez expliquer si vous préférez rester cet animal ou redevenir Humain.

Ecrivez 10 lignes au Grand Jury qui va vous accorder ou pas votre souhait.


Suite à cette consigne, Judith n'a pas choisi de répondre à chaque question.

Elle a imaginé toute une histoire.

Vous allez découvrir son choix d'animal et tout le scénario qu'elle a imaginé.

Je suis sûre que ce sera une surprise pour vous !


Après votre lecture de l'histoire, vous pourrez tester votre compréhension grâce à 11 questions.

Les Grandes Jorassses

Le décor de l'histoire


Histoire en français de Judith : transformation ultime

L'histoire est découpée en 7 parties.

Cliquez sur chaque partie (plus bas) pour la lire en ligne sur cette page.

Si vous préférez, vous pouvez aussi télécharger le document PDF.

Sur le version PDF, vous aurez des notes de bas de page pour tous les mots difficiles

>>> Téléchargement de l'histoire en français "Transformation ultime"

Judith vous offre la version de son histoire "Transformation ultime" au format PDF (11 pages).

Cliquez sur l'image ci-dessous :

Histoire transformation ultime

Histoire "Transformation ultime"

>>> Lire en ligne l'histoire en français "Tranformation ultime"

Cliquez sur chaque titre de partie (et l'histoire va s'ouvrir comme par magie !)

La lettre

Je suis choqué, pris de court, paralysé ! 

Elle n’était pas totalement inattendue cette lettre, mais je ne l’attendais pas là juste maintenant. En voyant l’enveloppe neutre dans la boîte à lettres, une sensation de nausée m'a tout de suite envahi. J’avais entendu dire qu’ils envoient toujours des lettres à l'apparence anodine voire rassurante. Et voilà dans mes mains une enveloppe vert clair avec un vrai timbre, pas seulement le cachet des lettres administratives. Un beau timbre qui montre la Terre vue de l’espace. Pourtant, j’avais un vague pressentiment, je ressentais de la peur et mes mains tremblaient en regardant cette enveloppe.

Je me versai un bon verre de gentiane avant d’ouvrir l’enveloppe et de voir tout mon bonheur s’effondrer. Le papier à lettres de la même couleur agréable que l’enveloppe portait l’en-tête de l’OUR, l’Organisation Ultime Recours. Ils s’adressaient gentiment à moi en me poussant en enfer avec un sourire.

“Félicitations ! Vous avez été choisi pour participer à notre programme Sauvons la Terre en épargnant des ressources. Vous passerez le mois prochain sous l’apparence d’un animal et apporterez ainsi une immense contribution au sauvetage de la Terre. Seuls les êtres humains ne sont pas capables de respecter les limites des ressources terrestres et les gaspillent. En passant un mois en tant qu’ animal, vous lutterez activement contre la surconsommation et ferez perdurer l’humanité !

Ne vous inquiétez pas ! 98% des participants de notre programme témoignent d’une expérience ineffable et sont heureux d’avoir eu l’occasion d’y participer. Réjouissez-vous alors d’avoir été choisi pour passer un mois insolite et plein de nouvelles connaissances !

Vous êtes entièrement libre de choisir l’animal en lequel vous serez transformé. Seuls les tigres et les éléphants sont exclus de ce choix, car on a vécu de mauvaises expériences précédemment. Nous vous conseillons de bien préparer votre “séjour animal”. Renseignez-vous avant sur les habitudes de l’espèce de votre choix. Pour le jour J, le 1er novembre, faites bien en sorte de demeurer dans un lieu adapté à la vie de cet animal. Vous serez transformé à minuit pile, sans retard possible.

Nos scientifiques sont à votre disposition 7j/7 et 24h/24 afin de vous soutenir dans votre décision et vos préparatifs. N’hésitez pas à les consulter pour tout problème.

Veuillez trouver au verso le bilan de votre consommation qui est susceptible d’être économisée.”

J’ai bu toute ma gentiane cul sec, ai froissé la lettre et l'ai jetée contre le mur. Quel culot ! Puisque c’est comme ça, je vais me faire transformer en vache et dégager du CO2 par toutes mes cellules, en quantité énorme. Je vais bien “améliorer” mon bilan écologique. Ils vont voir ce qu’ils vont voir ! Je vais leur montrer que Paul Moulin ne se laisse pas tondre la laine sur le dos. Vengeance ! Vengeance pour toutes les victimes de ce programme diabolique. Vengeance pour mon voisin qui a choisi être transformé en mouche pour pouvoir bien rester chez lui à surveiller sa femme qu’il soupçonnait d’infidélité et qui ne s’est malheureusement pas rendu compte que l’espérance de vie d’une mouche ne dépasse pas un mois. Vengeance aussi pour ma nièce qui n’a pas été entièrement retransformée et qui doit maintenant vivre avec une mâchoire de cheval.

Le choix

Eh bien soit ! Pas de vengeance ! 

Après des jours et des nuits passés en vives discussions avec mon compagnon, j’ai dû admettre que mon idée de vengeance était nulle. Mathéo m’a clairement montré que l’OUR s’en ficherait de mes miasmes en tant que vache. Et pire que ça - les vaches qui se comportent étrangement, qu’est-ce qu’on fait avec elles ? 

Il m’a aussi convaincu qu’il serait mieux de réagir calmement et de conserver mon sang-froid.

- Mais à quoi bon se mettre en rogne contre quelque chose qu’on ne peut pas empêcher ? m’a-t-il lancé après mon énième tirade haineuse

- Pour lutter contre l’OUR, il faut s’organiser et soulever les masses, a-t-il continué, mais c’est trop tard pour toi. Dans la situation actuelle, il ne nous reste qu'à survivre à cette pénible histoire de la meilleure façon possible.

On a donc essayé de trouver un animal susceptible de vivre un séjour agréable.

En tant que chat, je pourrais bien rester chez nous et passer le mois sur le canapé. Mais nous détestons tous les deux les animaux de compagnie et je ne veux pas risquer notre couple en lui taper sur les nerfs.

Dans la peau d’une fourmi je serais minuscule, à peine visible et je pourrais vivre dans un petit verre dans notre cuisine. Mais ainsi, Mathéo aurait toujours peur de m’écraser, m’avaler ou me boire par accident.

En faucon je saurais voler, je pourrais regarder le monde d’une autre perspective, je serais libre et fort. Le soir, je passerais chez Mathéo et nous regarderions le coucher du soleil ensemble sur le toit de notre maison. Malheureusement, je souffre d’une forte aviophobie et je ne peux pas imaginer un faucon en train de vomir.

Et si je me transformais en poule ? Je pondrais des œufs pour Mathéo et ma transformation serait utile et non pas vaine. Là, Mathéo n'était pas convaincu et hyper-réticent. Je le soupçonne de ne pas me croire capable de produire de bons œufs. Mais à vrai dire, je n’avais de toute façon pas grande envie d’être une poule et de caqueter toute la journée. 

En fin de compte, nous avons dû admettre qu'il serait mieux de nous séparer pendant ce mois. Je ne voulais pas être dépendant de Mathéo, et à plus forte raison, je ne voulais pas du tout le déranger avec mes attitudes animales peu estimables. Bien qu’il m’ait assuré que cela ne lui poserait aucun problème de me garder, et alors même qu’il m’a supplié de rester à ses côtés pour que je sois en sécurité, j’ai décidé de partir et de passer mon mois animalier seul dans la haute montagne  - sous l’apparence d’un chamois !

Les préparatifs

Mon choix n’est en rien dû au hasard. Les montagnes et surtout les Alpes sont des paysages de rêve pour moi. Malheureusement, ici à Nantes on est loin de toute montagne et en plus Mathéo ne partage pas mon rêve. Avec ses 115 kilos, l’alpinisme ne lui fait pas vraiment plaisir. Les 15 dernières années, je n’ai guère eu l’occasion de passer du temps dans les Alpes. Avec une amie de mes années d’études en Suisse et son mari qui pratiquent tous les deux la varappe, j’ai fait quelques excursions et escalades dans la montagne. Mais de fil en aiguille, ils ont dépassé mon niveau. La distance entre Nantes et Briançon, où ils habitent maintenant, complique davantage la situation.

Bref, pourquoi ne pas essayer de profiter de cette transformation inévitable et vivre mon rêve inabouti. 

Une fois cette décision prise, j’ai sur-le-champ commencé à imaginer les capacités que j’aurais en tant que chamois. Sauter avec élégance sur le terrain rocheux et raide, traverser avec souplesse les plus belles falaises, contempler la montagne depuis les plus hautes saillies sans penser à une descente compliquée et sans ressentir le vertige. Plus j'y pensais, plus je piaffais d’impatience avant le jour J. 

Mathéo a douché mon enthousiasme et m’a rappelé les préparatifs qu'il me restait. Il est toujours plus sérieux que moi, mais il avait raison sur un point : il est impératif d’en apprendre plus sur la vie d’un chamois pour bien survivre à cette expérience. Je me suis donc procuré tous les documentaires que je pouvais trouver sur les Alpes en général et la vie des chamois en particulier. J’ai emprunté à la bibliothèque universitaire un tas de livres spécialisés sur la faune des Alpes, dont je n’ai compris que les bases.

Après deux semaines d’études intenses, je n’en connaissais guère plus sur les chamois qu’avant. Les informations étaient vagues et parfois contradictoires et je me demandais encore comment un chamois passait ses journées, ce qu’il mangeait et si la “vie sociale” d’un chamois était plus agréable pour les femelles ou pour les mâles. Enfin, j’ai décidé d’accepter l’offre de l’OUR et de demander l’aide de leurs scientifiques. Je leur ai envoyé une lettre de quatre pages, remplie de mes questions.

Deux jours plus tard, j’ai reçu leur réponse par e-mail. Une photo d’un chamois sur une falaise, un lien sur le site web du Zoo de la Boissière de Doré - qui n’héberge aucun chamois, mais qui n’est, au moins, pas loin de chez nous - et une copie du site Wikipedia sur les chamois, soigneusement recopié dans cet e-mail - avec seulement cinq fautes de frappe ! Soussigné : Département de recherche sur les mammifères des Alpes. Quelle dérision ! Quelle absurdité ! Je n’en revenais pas.

Une seule de mes questions avait obtenu réponse, celle sur le genre à préférer chez les chamois. Là-dessus, ils m’informèrent que ce n’était pas évident, mais que moi, je n’aurais aucun souci avec cette question, parce qu’il n'y aurait pas de choix du genre. En effet, on garde toujours son genre d’origine. Je serais donc un mâle, point barre !

À la montagne

J’ai choisi les alentours du Mont Vorassay en Haute Savoie, près du Mont Blanc et des Aiguilles du Midi comme terrain idéal pour ma vie de chamois. J’y ai passé quelques jours de vacances avec mes amis briançonnais, il y a 8 ans. Pendant nos excursions, on a vu pas mal de chamois. À l’époque, nous adorions leurs silhouettes gracieuses et leurs sauts à couper le souffle. Et maintenant, moi, je serai l’un d’eux !

J’ai loué un petit appartement aux Houches du 27 octobre au 1er novembre. 5 jours pour trouver un bel endroit pour la transformation. Et peut-être que j’aurai aussi l’occasion d’observer quelques chamois dans leur habitat naturel. Mathéo m’accompagnera. Au début, je ne voulais pas qu’il soit à mes côtés les derniers jours avant la transformation. Je voulais me concentrer sur les derniers préparatifs, me balader dans la montagne, m’habituer à la situation. Je pensais que ses soucis et son chagrin me briseraient le cœur et rendraient l'adieu encore plus difficile. Mais j’ai dû admettre que j’aurais besoin de lui pour m’organiser avec le propriétaire de l’appartement sans qu’il ne remarque mon absence et pour remporter mes affaires à la maison.

Nous avons passé les dernières journées chacun de notre côté. Lui dans les cafés et restaurants des Houches avec ses livres, moi dans la montagne en quête d’un lieu calme pour la transformation. Les soirées, nous dinions ensemble dans un restaurant ou à l'appartement. L’événement à venir alourdissait l’atmosphère et nous passions le temps qui nous restait silencieux et déprimés.

Trois jours avant le jour J, j’ai enfin trouvé un endroit qui me semblait être idéal pour la transformation. Je m’inquiétais déjà de la façon dont la retransformation allait se dérouler. L’OUR n’avait pas répondu à ma question : serai-je retransformé vêtu ou à poil ? Franchement, me trouver nu dans les Alpes début décembre n’était pas une idée enviable ! Il me semblait alors judicieux de déposer quelque part des vêtements, de la nourriture calorique, un kit de premiers secours et un briquet. Tout ça en espérant que la retransformation aurait lieu au même endroit que la transformation et que mon équipement me protégerait contre le froid. 

Par un pur hasard, j’ai découvert une petite grotte, bien cachée par quelques pins de montagne et dans un terrain difficile d’accès. Une escalade d’une heure par des falaises en surplomb m’a mené jusque là. Arrivé au sommet, mon sac à dos m'est tombé des mains et s’est pris dans la branche d’un pin, 10 mètres au-dessous . Quand je suis descendu pour le reprendre, j’ai vu cette petite grotte sous une saillie rocheuse. C’était sûr qu’aucun touriste ne s’y aventurerait, et encore moins en novembre.

Les derniers jours restants, j’étais occupé à apporter mon équipement dans la grotte qui était assez grande pour y ajouter un réchaud de camping, un sac de couchage, des bouteilles d’eau, du café moulu et une corde pour éventuellement descendre en rappel par les falaises. C’était un sacré travail de transporter tout ça à travers ce relief quasi inaccessible. En transpirant et jurant, j’ai pensé aux chamois qui n’ont pas besoin de ce matériel pour survivre. Ne le dites pas à Mathéo mais j’avais presque hâte de devenir chamois et de pouvoir me déplacer librement. 

Mathéo, lui, était très content de ma découverte et de l'amélioration de mon kit de survie et était à deux doigts de m’accompagner pour inspecter mon camp. L’idée que je n’aurais pas de portable à ma disposition pour le contacter après la retransformation l’inquiétait extrêmement. Mais c’était hors de question : une batterie résistant au froid n’existait pas. De même, il était hors de question de l’emmener dans la montagne. Je ne pouvais pas imaginer comment le  faire arriver jusque là. Son physique n’est vraiment pas approprié à la varappe, pas même à ce bas niveau. Finalement, il s’est contenté des coordonnées GPS de la grotte.  Au cas où je ne serais pas de retour au plus tard le soir du 2 décembre, il alerterait les secours en montagne. 

Le jour J

Le 31 octobre arriva plus vite qu’attendu. Je suis parti après le déjeuner pour arriver à mon camp avant qu’il ne fasse nuit. J’étais crevé après une nuit blanche que nous avons passée en grande partie côté à côté sur le banc du poêle, silencieux, main dans la main en écoutant de la musique. Du vieux punk, Iggy Pop, The Clash, Dirty Undertrousers. Sans doute une image bizarre pour un observateur candide. La pièce savoyarde, traditionnellement équipée, peuplée par nous deux, deux pissefroids écoutant du punk. Cependant, les rythmes durs et monotones nous aidaient à lâcher prise et nous réconfortaient.

Nous avons déjeuné sans appétit et je suis parti sans grand adieu, les larmes aux yeux. Avec seulement un petit sac à dos léger, la montée était vite faite. Il faisait assez beau et je passai la soirée assis devant la grotte dans le soleil automnal et puis à la lueur de la pleine lune. J’ai bu la bouteille entière d’un bon vin rouge bourguignon pour me calmer et, pour être honnête, pour me mettre dans un état de légère ivresse. Le vin était plus fort que prévu et je me suis endormi malgré moi.

Soudain, un vacarme d’enfer m’a fait sursauté. Une chute de pierre passa à mes côtés, suivie par une meute de chamois. J'ai bondi de frayeur. Ou plutôt j’ai essayé de bondir. En fait, je suis brutalement tombé par terre et j'ai heurté douloureusement mes quatre jambes. Oui, quatre jambes ou quatre pattes plutôt, deux cornes, la peau velue et une vue bizarre ressemblant à un cliché infrarouge pris avec un objectif grand-angle. Il n’y avait presque pas de couleur, tout le paysage était d’un vert pâle. Je me suis réveillé en chamois. 

Mais j’avais du mal à maitriser mon nouveau corps. C’était comme ma première fois sur les skis. Mes pattes ne faisaient pas ce que je voulais et s’agitaient dans toutes les directions. Ma tête semblait trop lourde pour le cou. Et j’avais extrêmement peur de tomber par-dessus les falaises. J’étais un chamois mais mon cerveau fonctionnait comme celui d’un être humain. C’était exaspérant ! Pour comble de misère, il faisait encore nuit. Bien que mes yeux fonctionnaient mieux que ceux d’un être humain et que je puisse voir les environs assez clairement - apparemment j’étais maintenant nyctalope -  j’ai décidé d’attendre le jour pour m’exercer à être un chamois. J’étais déçu. Je ne savais pas qu’il fallait s’habituer à la nouvelle apparence. Encore un fait que l’OUR n'avait pas mentionné - ou qu’elle ne connaissait même pas.

Il était midi quand j’ai pu enfin bouger comme un chamois. Quoique j'aie avancé avec pas mal de blessures et seulement par petits pas, ça me faisait de plus en plus plaisir de sauter sur les rochers. J'apprenais à faire confiance à mes pattes qui étaient capables de s'arrêter subitement en plein dans un saut et qui tenaient mon corps debout sans problème même sur des tout petits ressauts. 

À la fin de la journée, j’avais l’impression de contrôler la situation et j’étais enfin en mesure d’exécuter les sauts les plus hasardeux en montant et descendant les falaises qui mènent à la grotte. C’était grandiose !  C’était ce que j’attendais d’une vie de chamois. Je me sentais libre, fort, prêt à prendre d’assaut les plus raides sommets. Pourquoi ne pas m’aventurer sur les Grandes Jorasses qui avaient toujours été trop dures pour l’homme Paul Moulin ? Cette idée excitante dans la tête, je me suis couché près de la grotte pour ma première nuit de chamois. 

La vie d'un chamois

Le lendemain, je me suis réveillé à l’aube avec des crampes dans l’estomac. La veille, je n’avais presque rien mangé. J’avais beau essayer de manger quelques herbes, elles étaient trop dures à mâcher et d’un goût amer. En plus de la faim, j’avais un besoin insatiable d’un bon café. Comment échapper à ce dilemme ? Il fallait absolument manger pour ne pas mourir. Et il fallait aussi oublier le café. Pas de bras, pas de kawa !

J’ai commencé à grignoter le thym que j’ai remarqué aux alentours. En tant qu’homme, je suis un amateur de viande; on pourrait dire un carnivore. Le thym est bon pour assaisonner un bon rôti. Le manger seul est une véritable punition. Il n’y avait guère d’alternatives. Je m’étais renseigné à l’avance sur les plantes alpines comestibles, mais ce n’est pas facile de les reconnaître dans la nature sans pouvoir vérifier dans un livre. Le choix pour mon menu était alors restreint et j’étais forcé de me contenter de thym, d’aiguilles de pin, de graminées et de mousse. J’ai mangé pendant des heures. C’était fatigant. Si l’on arrache des herbes avec les lèvres, il faut patienter pour se rassasier. 

Finalement, mon estomac était plein et j’étais au bout du rouleau. Je me suis allongé à l’ombre d’un pin. Le soleil brillait et il faisait assez chaud pour un début novembre. Surtout sous la fourrure d’un chamois. À peine au sol, j’ai senti mon estomac se contracter et il a expédié un flot d’herbes à moitié digérées dans ma bouche. Beurk ! C’était dégueulasse ! J’ai tout craché. Je n’avais jamais imaginé ce qui se passait dans les estomacs des ruminants. Et j’ignorais que les chamois en faisaient partie. Le prochain flot d’herbes à peine mâchées est arrivé dans ma bouche. J’étais à bout de nerfs. En plus, j’ai recommencé à ressentir de la faim. Et un chamois ne peut même pas pleurer. 

La première semaine s'est écoulée et mon enthousiasme du premier jour s’est volatilisé. Mon rêve des Grandes Jorasses était hors d’atteinte. La rumination me posait toujours problème et je devais me forcer à avaler encore et encore cette bouillie dégueulasse. De temps en temps, une harde de chamois passait pas loin d’ici, sans me remarquer. Je ne ressentais aucune envie de me joindre à eux. Loin de là ! J'avais peur qu’ils ne m’acceptent pas ou pire qu’ils me fassent du mal. J’ai alors décidé de rester sur place, près de ma grotte et d’attendre le jour de la retransformation.

Deuxième semaine. La faim, le froid. Ma tête ! Vide. Penser, se concentrer. Ressaisis-toi ! Impossible. Manger, ruminer, dormir. La neige. Fuir, rester, attendre. Des herbes glaciales, descendre, monter, chercher. Manger, ruminer, boire. Qui suis-je ? Où ? Quoi ? Pourquoi ? Manger, ruminer, penser. Me ressaisir ! Faim. Froid. Neige. Manger, rummmminn, ppppenss, mmmmmm, rrrrrrrrrr, mmmmmm….

Noël à Chamonix

- “Oui, Monsieur Gilles, je vous assure une nouvelle fois qu’on vous contactera sur-le-champ si on a des nouvelles de votre compagnon. Bien sûr. Oui. Tout de suite. Eh oui, comme on vous l’a déjà dit, les secours en montagne sont tous mobilisés. Votre numéro de téléphone est bien noté. Bien sûr. Non, on ne peut rien faire de plus, je suis désolé. Merci ! Au revoir.”

- L’inspecteur Colombe raccroche et prend le gobelet que son collègue lui tend. Il soupire et roule les yeux:

- “C’était encore ce Mathéo Gilles en quête de son compagnon disparu en novembre dans la montagne, près des Houches. On a retrouvé son camp dans une petite cave,  apparemment intact, mais aucune trace de lui. Gilles est un peu taré ou peut-être adepte d’une secte. Il radotait sur une transformation involontaire, ordonnée par l’OUR. Son compagnon aurait été transformé en chamois malgré lui et aurait ensuite disparu. Bon, laissons tomber. Ce Mathéo Gilles me fait pitié, mais je crains qu’on ne retrouve le macchabée de son compagnon au printemps après la fonte des neiges. Encore quelqu’un qui a sous-estimé les Alpes en hiver. C’est triste. Quel gâchis !Arrêtons ces pensées noires, maintenant c’est Noël. Espérons que la nuit reste calme ! 

Il sirote son café et ajoute :

-À propos de chamois, tu as entendu parler de l’étrange découverte que Jean et Marie ont faite début décembre près du refuge de Leschaux ? Ils voulaient passer la nuit là-haut pour essayer de battre leur propre record de l’ascension hivernale de la pointe Walker le lendemain. Tu sais, ils sont fous de la face nord des Grandes Jorasses, surtout en hiver. Alors, en montant par le fameux “couloir des chiottes”, ils ont presque trébuché sur la dépouille d’un chamois.

- Tu m’étonnes ! L’interrompt son collègue.  Il n’y a rien à pâturer là-haut en hiver. Les chamois ne s’y trouvent jamais en décembre. Ils restent plus bas près de la forêt.

- Exactement ! Enchaine l'inspecteur Colombe. En plus, ce chamois était émacié jusqu’aux os. Mais le plus épouvantable d’après Jean, c’était ses yeux. Il avait les yeux ouverts, mais la pupille n’était pas rectangulaire et l’iris n'était pas ambré comme d’habitude chez les chamois, mais rond et bleu. Ça lui donnait une mine suppliante presque humaine. Jean m’a dit qu’ils étaient tellement horrifiés qu’ils envisageaient d'abandonner leur excursion. Apparemment un phénomène très rare, produit peut-être par le froid extrême ou par la faim qui a provoqué la mort de cette pauvre créature.”

un chamois

un chamois

Compréhension de l'histoire en français : Transformation ultime

Quand on lit une histoire (et un texte en général), il est très important de s'assurer qu'on a bien compris le sens général et les idèes essentielles.

Judith vous a préparé quelques questions pour vérifier votre bonne compréhension de l'histoire "transformation ultime".

Voici les 11 questions de compréhension écrite. Vous pouvez cliquer pour répondre et ensuite vérifier si c'est correct.


Compréhension globale de l'histoire


Compréhension détaillée de l'histoire


Si vous préférez avoir les questions dans un document papier (format PDF), vous pouvez cliquez sur l'image ci-dessous (vous aurez aussi le corrigé) :

questions de compréhension

Questions de compréhension "Transformation ultime"

Droits d'utilisation de l'histoire en français "Transformation ultime"

Judith vous propose de lire son histoire librement.

Vous avez le droit d'utiliser cette histoire dans un cadre personnel ou académique, 

Vous n'avez pas le droit d'en faire une utilisation commerciale.

Dans tous les cas, il est obligatoire de mentionner le nom de son auteure : Judith Hess. 

Licence Creative Commons
Cette œuvre est mise à disposition selon les termes de la Licence Creative Commons Attribution – Pas d’Utilisation Commerciale 4.0 International.

L'histoire vous a plu ? Vous avez des questions ?

N'hésitez pas à laisser un commentaire pour Judith.

>>> Si vous voulez utiliser cette histoire pour améliorer votre vocabulaire en français, je vous conseille de lire mes 7 idées pour apprendre du vocabulaire à partir d'un texte.

>>> Si vous voulez que je vous aide à écrire ou corriger une histoire, contactez-moi : contact@nathaliefle.com

Vous aimeriez découvrir d'autres histoires 

et progresser en français en même temps ?

Je vous invite à découvrir les histoires que j'ai écrites moi-même.

Je vous propose de réaliser des exercices variés en restant en immersion dans ces histoires.

C'est très agréable et efficace !

Niveau de français intermédiaire.

Cliquez sur les images pour les découvrir !

Améliorer français avec une histoire audio
parcours guidé en français

Crédit photos : Pixabay, Canva

Commentaires ( 12 )

  • Pingback:Lyon abracadabrant : Histoire et interview de Judith

  • FITURI

    Bonjour
    Je vous remercie beaucoup pour vos efforts et pour votre joie de vivre, que vous faites partager avec sympathie et simplicité.
    Idriss

  • Phoebe W

    Cette histoire est magnifique. La fin m’a tout à fait surprise. Félicitations!

    • Judith

      Merci pour ton commentaire, Phoebe ! Je suis heureuse d’avoir pu te surprendre avec la fin. 😉

  • Elena

    Une histoire surréaliste mais en même temps bien ancrée dans la réalité. Félicitations!
    Merci pour ce partage! J’ai adoré…

    • Judith

      Merci, Elena pour les félicitations. Je suis heureuse que l’histoire t’ait plu !

  • Courtenay

    Une excellente histoire et je suis impréssioner par le travail de Judith, mais maintenant je suis triste. Je n’ai voulais pas que le chamois meure.

  • Mirtha

    Excellent, bravo!! Quelle imagination , félicitations, mais je n’aime pas le finale triste

  • Françoise FATH

    Bravo pour cette belle histoire! Continuez vous avez un certain talent!

  • Idriss

    Bonjour
    Au fait mon commentaire je l’ai adressé à toi Nathalie. Toute-fois, J’ai ressenti le contenu de l’histoire comme relevant du niveau plutôt avancé.
    Idriss

    • Merci Idriss ! Effectivement, le niveau de français de Judith est plutôt avancé.

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